« Shutdown » aux États-Unis, les marchés ont horreur du vide

Depuis la mi-décembre, c’est le « shutdown » aux États-Unis. M. Trump exige le financement de la construction d’un mur avec le Mexique, mais doit avoir en principe l’aval des démocrates à la Chambre des représentants pour l’obtenir. Ces derniers s’y opposent, de sorte que le « plafond » de la dette américaine n’a pas été relevé, forçant une fermeture partielle du gouvernement américain.

À défaut d’un accord, le ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA) est l’une des organisations américaines affectées depuis plus de trois semaines par cette situation. Résultat, de nombreux rapports concernant les marchés des grains et viandes suivis de très près par les marchés ne sont plus disponibles.

La fin de semaine dernière, sur Twitter, j’ai eu quelques échanges à ce sujet avec un analyste américain bien connu aux États-Unis, M. Darin Newsom. À l’origine de cette discussion, la fameuse pertinence et validité des différents rapports que présente le USDA.

Ce n’est un secret pour personne: par la diffusion de ses rapports, spécialement celui d’offre et demande mensuelle de grains (WASDE), le USDA choque régulièrement en proposant des estimations et des chiffres qui ne concordent pas avec ce que d’autres organisations prévoient.

Par exemple, chaque année, le USDA propose de premières prévisions de rendements aux États-Unis à partir du mois de mai. Or, je ne compte plus le nombre de fois que ces prévisions n’auront pas concordé avec les anticipations des marchés. Et, bien entendu, lorsque c’est le cas, à la bourse, les marchés ne manquent pas alors de fortement réagir, à la hausse comme à la baisse. Par ricochet, il s’en suit une vague de commentaires pour discréditer le travail du USDA.

À savoir maintenant s’il y a bel et bien matière à douter des données que propose le USDA est autre chose. À lire les réflexions parfois très approfondies de plusieurs analystes à ce sujet, tout porte à le croire.

Par contre, et je pose la question, est-ce vraiment pertinent de faire cet exercice?

J’aime qu’on remette en question des sources d’informations comme le USDA, spécialement lorsqu’elles sont des sources de références reconnues et surtout, acceptées. Par défaut, ceci invite à la rigueur.

Néanmoins, en plein « shutdown » aux États-Unis, on constate que l’absence d’une référence comme le USDA crée un vide difficile à gérer pour les marchés.

Sans données régulières, on peut jongler un certain temps avec des « rumeurs ». Plusieurs autres organisations sont aussi à même de fournir certaines informations. Mais, et c’est bien là le rôle d’une référence, il manquera toujours une source pour des informations régulières, accessibles et surtout reconnues par défaut par l’ensemble des joueurs de l’industrie, a’a des fins de comparaison.

Le USDA n’est certainement pas pour autant exempt d’erreurs, mais c’est la référence qu’utilisent les marchés. Peut-être qu’une autre organisation pourra prendre la relève si la fermeture partielle du gouvernement américain s’étire encore longtemps. Il faut cependant du temps pour « bâtir » une référence reconnue et surtout accessible et acceptée de tous. Je doute cependant que plusieurs autres semaines de « shutdown » aux États-Unis puissent offrir cette opportunité. En attendant, c’est le vide et les marchés ont horreur du vide…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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