Comment conserver la matière organique?

Plusieurs stratégies doivent être envisagées afin de stopper cette dégradation et revenir vers une accumulation

Une enquête du ministère l’Agriculture, l’Alimentation et les Affaires Rurales de l’Ontario (MAAARO) et présenté récemment par Christine Brown, spécialiste des grandes cultures au ministère, a révélé une diminution de 0,8 % de la matière organique dans le sol entre 2002 et 2016. Ceci représente près de 18 t/ha de matière organique qui joue un rôle primordial dans le sol affectant sa capacité de rétention d’eau, la vitesse d’infiltration ainsi que la stabilité des agrégats. Plusieurs stratégies doivent être envisagées afin de stopper cette dégradation et revenir vers une accumulation.

  • Résidus : présence de 30 % à 60 % de résidus au moment du semis.
  • Engrais vert : maintenir un couvert végétal après la saison normale de culture pour protéger et enrichir le sol.
  • Amendements organiques : appliquer du fumier ou du compost.
  • Rotation des cultures : plus, c’est mieux.
  • Travail du sol : les effets bénéfiques de réduction se développent lentement.

En réalité, il faut plusieurs actions pour arriver à maintenir le niveau de matière organique. La seule rotation des cultures ne peut la conserver si des engrais verts et des amendements organiques ne sont pas ajoutés. « La question qui m’est souvent demandée est pourquoi la grande quantité de résidus produits par le maïs et retournés au sol ne peut maintenir ou même augmenter la matière organique », rapporte Christine Brown. Les résidus ne forment pas immédiatement la matière organique. Il faut du temps de décomposition, de la diversité et un environnement stable pour sa création.

Par analogie, on peut comparer un champ de maïs continu à un montant de 1000 $ dans un compte épargne. Ce montant générera des intérêts (résidus de maïs) qu’on pourra utiliser dans le futur. Leur décomposition fournira des nutriments aux cultures subséquentes. Toutefois, le taux d’intérêt est faible et le gain couvre à peine l’inflation. Comme les nutriments libérés couvriront à peine les besoins des récoltes futures. Une rotation diversifiée, sans travail de sol ou semis direct correspond à un placement de 1000 $ dans un fond diversifié : épargne, actions, fonds mutuels, etc. Cette stratégie implique plusieurs intervenants qui travaillent à améliorer le rendement de votre investissement.

C’est la même chose pour le sol. Un sol intact avec différentes cultures en rotation contient une diversité d’organismes capable d’accumuler de la matière organique pour nous. Avec le temps, les intérêts sur les intérêts (ou intérêts composés) s’ajoutent au capital et font fructifier encore plus rapidement le placement initial. Il faut du temps aussi pour l’accumulation de matière organique du sol. D’un autre côté, la valeur du placement peut diminuer en cas de récession ou crise économique. Le travail du sol est l’équivalent d’une récession pour la matière organique. Encore une fois, si le portefeuille est diversifié, les pertes seront moins grandes. Tant pour les placements que pour la santé du sol. Généralement, la culture du maïs est associée à un travail conventionnel de sol chaque année. Cette façon de faire est néfaste pour deux éléments clés de la conservation de matière organique : le temps et la stabilité du sol. L’intensité du travail de sol affectera l’ampleur de la perte de matière organique, comme l’intensité de la crise économique détermine l’ampleur de la récession.

La matière organique est vraiment au cœur de la santé des sols, conclut Christine Brown. Il faut tout faire pour la conserver.

Source : CCA Publications, Ontario Farmer

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