«Confiné» dans l’atelier

Pour jaser avec Jean-François Riendeau, c’est au téléphone que ça se passe. «Ou encore sur Facetime ou Messenger», précise ce producteur de grandes cultures bien connecté

Pour jaser avec Jean-François Riendeau, c’est au téléphone que ça se passe. «Ou encore sur Facetime ou Messenger», précise ce producteur de grandes cultures bien connecté.

À Sainte-Martine, les semis approchent à grands pas. Il y a déjà un bout de temps que la neige a disparu dans le sud-ouest de Montréal. Quand le moment sera venu de mettre en terre maïs, soya et orge de brasserie, il faudra que tout l’équipement soit fin prêt.

Cette réclusion forcée n’entrave pas les préparatifs, assure Jean-François Riendeau. Il a dû toutefois faire certains ajustements. Comme pour les commandes de pièces. «Que ce soit un vendeur vert, bleu ou d’une autre couleur, je prépare ma liste d’épicerie», dit le producteur.

Quand il fait un saut chez un concessionnaire pour ramasser les pièces qu’il a commandées, celles-ci l’attendent dans une boîte déposée près de la porte…qui est barrée. Et quand il a fallu remplacer une gear du semoir, c’est par téléphone plutôt qu’en personne que le fournisseur lui a expliqué comment l’installer.

Les intrants de culture sont livrés au rythme habituel. «J’ai la moitié de la semence arrivée et j’attends l’autre moitié demain, indique le producteur. J’évite les contacts avec le livreur. J’enfile mes gants et je décharge les palettes avec mon tracteur.»

À vrai dire, le seul réel désagrément de la situation actuelle, c’est que c’est plate. «On ne peut plus voir personne!, lance-t-il. Et je ne veux pas voir personne non plus. D’habitude, on se voisine, on s’informe de ce que font les autres. On s’échange des conseils. Il était censé y avoir un encan cette semaine, mais il va se faire par Internet.»

Avec ses proches, mêmes restrictions. La conjointe de son fils Guillaume, par exemple, travaille comme préposée aux bénéficiaires. «On se salue et c’est tout, s’exclame-t-il. C’est fou!»

Même plus moyen de fréquenter ses quatre petits-enfants! «On fait du Facetime»,  dit le producteur de 55 ans.

Et si… S’il tombait malade en plein semis? Il y a pensé. Son plan B est prêt. «Tout est bien identifié, tout est marqué : plan de fertilisation, semences, etc., dit-il. Guillaume et mon épouse Sylvie, qui sont mes associés, pourraient se tirer d’affaires sans moi.»

L’individu semble très méthodique. «L’agriculture beding bedang, tu dures pas longtemps», croit-il.

S’il éprouve une inquiétude, c’est à l’égard de l’approvisionnement en pièces d’équipement. «J’ai quatre tracteurs qui ont été fabriqués en Europe et je sais que là-bas, certaines usines sont fermées, rapporte-t-il. Casse pas quelque chose ce printemps!»

Heureusement, le travail lui tient l’esprit occupé. Il met les bouchées doubles pour remonter un semoir à semis direct usagé qu’il a acheté en janvier dernier. «Pas le choix, on n’a rien pu labourer l’automne dernier», explique-t-il.

«M’a être prêt!»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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