De la sclérotinia dans la luzerne !

Les conditions printanières ont favorisé l'apparition de la maladie associée davantage au soya

*Maintenant que les semis sont terminés, c’est le temps de se promener dans les champs pour vérifier l’avancement des plants.  Certains d’entre vous ont déjà fait leur première coupe tandis que pour d’autres la luzerne est encore debout. Dans ce dernier cas, il se peut que vous ayez remarqué quelques plants flétris … En regardant de plus près ces plants, vous avez vu de la mousse blanche sur les tiges qui ressemble étrangement à de la moisissure blanche comme dans le soya…  Et bien oui, c’est de la sclérotinia!

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Bien que cette maladie puisse affecter la luzerne et dans le trèfle, vous êtes probablement plus familier avec la moisissure blanche sur le soya. Deux différentes espèces de ce pathogène peuvent être trouvées sur la luzerne. Sclerotinia trifolium est le pathogène qui est le plus souvent identifié sur la luzerne. Et la même espèce que l’on trouve sur le soya, Sclerotina sclerotiorum, peut également infecter la luzerne.  Ces deux différentes espèces d’agents pathogènes fongiques sont difficiles à différencier mais la plupart du temps, S. sclerotiorum a tendance à infecter au printemps et en été tandis que S. trifolium infecte à l’automne. Indépendamment de l’espèce, les symptômes, l’épidémiologie et la gestion sont similaires.

Les symptômes de sclérotinia dans la luzerne comprennent des couronnes pourries, des croissances cotonneuses sur les tiges et des couronnes et, des tiges flétries et pourries. Les couronnes infectées ont tendance à mourir et peuvent être confondues avec de la mortalité hivernale.

Plant de luzerne avec moisissure blanche sur la tige, 6 juin 2019
Crédit photo: Réal Bergeron, DLF Pickseed, Centre du Québec

L’infection dans les populations de première année est la plus problématique. Tout comme dans le soya, cette maladie peut se propager rapidement à travers un champ, que ce soit par des spores ou par la propagation du mycélium fongique chez les plantes au cours d’un printemps frais et humide. Cela peut potentiellement éclaircir un champ assez rapidement et peut laisser beaucoup de ces sclérotes comme inoculum pour les années à venir.  Rappelez-vous que ces agents pathogènes hivernent et survivent de nombreuses années dans le sol sous forme de sclérotes.  Les sclérotes sont les structures noires que vous pouvez apercevoir à l’intérieur des tiges infectées.

Ce printemps frais et humide prolongé que nous avons connu a fourni des conditions idéales pour cette maladie que nous rencontrons habituellement très rarement dans nos champs de luzerne.

Comment la contrôler? Tout d’abord, un labour peut enterrer la sclérote, ce qui va ainsi réduire le nombre de spores libérées et pourra diminuer l’infection dans le champ. Mais comme dans le soya, cette maladie est difficile à gérer. Des peuplements denses et des champs de mauvaises herbes créent des conditions pour que cet agent pathogène se développe.  Quelques variétés de luzerne existent avec des résistances, un choix qui peut être considéré dans les champs ayant des antécédents de cette maladie. Une recherche faite par l’Université de la Californie a démontré que certains fongicides sont efficaces contre cette maladie lorsqu’ils sont appliqués à l’automne.

Une fois que le temps se réchauffera et que les champs sècheront, cette maladie s’arrêtera probablement et les peuplements infectés pourront se rétablir et produire des rendements suffisants au cours des années suivantes. Mais gardez à l’esprit que ces sclérotes resteront dans le sol pendant de nombreuses années en attente de parfaites conditions pour recommencer le cycle de la maladie.

Source : Université Cornell

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

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