Petites fleurs, Darwin et la reproduction des plantes

Une hypothèse de Darwin est confirmée par deux chercheurs québécois

Deux chercheurs québécois ont confirmé une thèse émise il y a 150 ans par Darwin lui-même sur la raison de la présence de petites fleurs peu attrayantes chez certaines plantes. La question se pose en effet quand on sait que les plantes dépendent de la pollinisation et donc du fait d'attirer les insectes pour se reproduire. Le résultat de leur étude montre aussi qu'il serait possible de limiter certains traits génétiques.

Selon les professeurs de biologie Simon Joly, de l’Université de Montréal, et Daniel Schoen, de l’Université McGill, ce type de fleurs est présent pour assurer leur autopollinisation dans le cas où peu d'insectes pourraient se charger de la tâche. Ces petites fleurs qualifiées d'"avortons", ou plus scientifiquement cléistogames, ne s'ouvrent jamais et se pollinisent elles-mêmes.

La cléistogamie, comme on appelle ce type d'autopollinisation, est fortement associée aux fleurs bilatéralement symétriques, soit celles qui ont un seul plan de symétrie au lieu de plusieurs, comme par exemple les orchidées.

«Darwin était bien conscient des avantages de la cléistogamie comme “stratégie” de reproduction et il a émis l'hypothèse qu'elle est plus susceptible de survenir chez les espèces à fleurs bilatéralement symétriques que chez les espèces à fleurs radialement symétriques (qui ont plusieurs plans de symétrie, comme les fleurs de pommier). Et cela parce que les premières sont normalement pollinisées par moins d'espèces d'insectes que les fleurs radialement symétriques», mentionne Daniel Schoen, dans une entrevue au média de l'Université de Montréal.

Après avoir étudié 2500 espèces de plantes de fleurs, une autre constatation s'est imposée, soit que ce type de plantes à fleurs à symétrie bilatérale produit en moyenne la moitié moins de graines et de fruits en l'absence de pollinisateurs, d'où l'avantage de s'autopolliniser.

«Ces résultats donnent à penser que la production de fleurs ouvertes et fermées est favorisée dans des environnements aux conditions fluctuantes, comme lorsque l'abondance des pollinisateurs varie», ajoute Daniel Schoen. Ces plantes réussissent du même coup à réduire la consanguinité en produisant deux types de fleurs.

«Nous étude a donc confirmé l'hypothèse que Darwin a énoncée il y a 150 ans à partir de ses observations sur quelques dizaines d'espèces, résume Simon Joly. Il est intéressant de noter que certains sélectionneurs développant de nouvelles variétés de plantes ont avancé l’idée que, si les plantes génétiquement modifiées pouvaient être sélectionnées pour produire uniquement des fleurs cléistogames, cela pourrait aider à réduire la propagation de leurs génomes modifiés – une application pratique qui pourrait être très bénéfique pour l'environnement.»

Les résultats de l'étude ont été publiés dans la revue scientifique Current Biology.

Source: Université de Montréal

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