Les hybrides peuvent-ils s’adapter à des semis tardifs?

Ce n’est pas encore la panique, mais l’impatience gagne du terrain dans les campagnes. En date du 9 mai, seule une minorité de producteurs a pu faire son entrée au champ. Et si la météo ne collabore pas, rien ne pourra être fait avant une bonne semaine.  Dans ces conditions, il est légitime de se demander s’il vaut mieux changer ses hybrides maintenant pour être certain d’avoir les bonnes variétés en main au moment de semer.

À ce sujet, l’Université de l’Iowa présente une étude intéressante qui montre la capacité des hybrides à s’adapter à une date de semis tardive. Selon leurs essais, les hybrides semés tardivement poussent plus vite et atteignent le stade reproductif en moins de jours qu’un hybride semé à une date normale. En moyenne, 14 jours de moins sont requis pour l’apparition des croix. Pour la période reproductive les hybrides semés tardivement ont pris en moyenne 5 jours de plus, du stade de la sortie des croix jusqu’à l’apparition du point noir. L’étude conclut que les hybrides semés tardivement se sont adaptés en raccourcissant leur période de développent de neufs jours (-14 jrs + 5 jrs = 9).

Mais est-ce que ce scénario est exportable ici? Tout à fait, confirme Gilles Corno, agronome chez Semences Pride. « Cela s’applique aux hybrides 2500 UTM et plus, dans les zones de la Rive-Nord de Montréal et dans le sud de Montréal. Mais ce n’est pas applicable dans l’Est-du-Québec. »

Comme le dit l’agronome, il faut mettre en perspective les conditions de délais des semis et la maturité des hybrides pleine saison. Ces derniers sont dotés d’une plasticité qui leur permet de s’adapter. « Un hybride de 2800 UTM va réussir à s’adapter s’il est dans une zone 2800. En le semant le 20 mai, il va aller chercher tout son potentiel de rendement ».

Pour le moment, Gilles Corno recommande de revoir champ par champ le choix des hybrides. « Le bon hybride avec la bonne maturité va garantir les meilleurs rendements (…) On ne fait pas différemment des autres années. » À ce chapitre, une discussion avec son fournisseur peut s’avérer utile, fait-il valoir, puisqu’il connait bien les caractéristiques de ses hybrides.

Et surtout, on s’arme de patience. « Ce qui devient important maintenant, c’est d’attendre les bonnes conditions de semis avec suffisamment de chaleur dans le sol et le bon degré d’humidité pour obtenir une bonne levée. Ce n’est pas le temps de créer plus de délais en semant dans des mauvaises conditions », rappelle M.Corno. Il est encore plus important cette année de mettre toutes les chances de son côté en partant du bon pied au lieu de se précipiter et empirer la situation.

Et si jamais les choses tournent au pire, il est important de garder en mémoire que les années plus difficiles signifient souvent de meilleurs prix.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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