Météo, cicadelle de la pomme de terre, lessivage du soufre… les défis de l’été 2017 dans les fourrages

*Jusqu’à maintenant la saison a été tout un défi pour les producteurs de plantes fourragères. D’abord, il y a la pluie qui tombe sans relâche. Résultat : bien des sols sont saturés en eau. À l’inverse d’autres régions sont carrément affectées par le manque d’eau comme le bas St-Laurent. Là où il y a trop d’eau, la qualité des fourrages est bonne dans les ensilages ou les balles enrobées, mais pas pour le foin sec. En effet, produire un foin sec de qualité sans moisissures s’avère un défi cette année. La 1ère coupe de foin sec a été retardée dans la plupart des cas, ce qui en a affecté sérieusement la qualité puisque les plants récoltés étaient beaucoup plus matures qu’à l’habitude. Là où il manque d’eau, c’est le rendement qui est diminué.

Cicadelle de la pomme de terre

Par la suite ont débuté les problèmes importants dans les luzernières reliés à la présence de la cicadelle de la pomme de terre (CPT) dans l’ouest et le sud du Québec. Elle immigre chaque année, habituellement autour de la fin mai, portée par les vents en provenance des États américains voisins du golfe du Mexique. Un climat chaud et sec constitue un milieu propice pour la présence de la CPT. Les dommages dus à cet insecte sont plus sévères sur les établissements et les jeunes repousses de luzernes. La CPT est l’un des ravageurs les plus redoutables de cette espèce. La cicadelle adulte mesure environ 3 mm (1/8 po) de longueur, elle est vert lime et cunéiforme. Les jeunes cicadelles, aussi appelées nymphes, mesurent environ 1 mm (1/32 po) au moment d’éclore. Elles ressemblent aux adultes, sauf qu’elles n’ont pas d’ailes. On les trouve souvent sur le revers des feuilles.

  

La cicadelle se nourrit en enfonçant son stylet dans la nervure médiane des feuilles où elle ponctionne la sève des plants, et y injecte sa salive qui contient une toxine. Cette dernière entraîne une croissance anormale des cellules et altère le transport des fluides et des éléments nutritifs dans les feuilles. C’est ce qui donne la brûlure caractéristique de la cicadelle, qui se manifeste au début par des taches jaunâtres en forme de ” V ” à la pointe des feuilles.

Le dépistage à l’aide de filets-fauchoirs permet de déterminer s’il y a lieu de faire une fauche hâtive, ce qui peut être le cas si l’on se trouve à quelques jours de la récolte. Si l’infestation est jugée trop importante, une situation que l’on pourrait aussi retrouver lors de la repousse, on pourrait procéder immédiatement à une application d’insecticide. La cicadelle de la pomme de terre ne survit pas à l’hiver.

Récemment, de nouvelles variétés de luzerne résistantes à la cicadelle de la pomme de terre ont été mises au point. Ces variétés possèdent une fine pubescence glandulaire sur les feuilles et les tiges qui leur confère une tolérance à la CPT. Toutefois, les poils glandulaires ne sont pas entièrement sortis durant l’année d’établissement, et alors que les variétés résistantes peuvent grandement réduire les dommages attribuables à la CPT, il peut tout de même y avoir des réductions de rendement, surtout pour les établissements de luzernes.

Lessivage du souffre

Pour terminer, la pluie excessive reçue récemment dans certaines régions a eu pour effet un possible lessivage de certains éléments, dont le soufre du sol, problème qui affecte particulièrement la luzerne. Une carence en soufre produit une réduction de la croissance et de la vigueur des plants. Ceux-ci sont étiolés, chétifs et uniformément vert pâle ou jaunâtres.

Si on observe une déficience en soufre dans un champ, on corrigera le problème avec une application de 50 kg/ha de sulfate d’ammonium (21N-0-0-24S) faite après la prochaine fauche.

Plants carencés en soufre (à gauche) et plants ayant bénéficies d’une application de sulfate (à droite). Notez l’amélioration significative de la vigueur et de la croissance des plants.

Souhaitons que le restant de la saison soit plus propice aux récoltes de fourrages.

Références

-OMAFRA (ministère de l’agriculture, de l’alimentation et des affaires rurales de l’Ontario).

-RAP (réseau d’avertissements phytosanitaires du Québec).

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

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