Un rattrapage impressionnant pour le maïs

C’était chose connue au début de septembre ; les cultures de maïs accusaient un retard sérieux au niveau de la maturité avec un manque à gagner qui allait de une à plusieurs semaines. Dans certaines régions en périphérie, comme à Princeville, le retard enregistré allait même jusqu’à 25 jours ! C’était le résultat des échantillons recueillis fin août sur les trois sites de parcelles de maïs qui regroupe 300 hybrides, sous la supervision de Gilles Tremblay, chercheur au Centre de recherche sur les grains (CEROM). « À la fin août, le retard accumulé en moyenne pour les 300 hybrides était de 15 jours, par rapport à 2016 », signale le chercheur.

Depuis, le Québec a connu  des températures nettement au dessus des normales, avec même une canicule qui a pulvérisé des records un peu partout dans la province. Quel a été l’impact de ce beau temps inespéré sur les cultures ?

Si le retard accumulé n’a pas été entièrement comblé, le rattrapage peut être qualifié d’impressionnant, convient M.Tremblay. Au premier site évalué qui se situe à Beloeil, le retard par rapport à l’année dernière s’est rétréci à neuf jours. « On considère que le maïs est à maturité à 35% d’humidité. Selon ces critères, la maturité pour les hybrides de 2800 UTM à 3200 UTM sera atteinte du 21 septembre au 2 octobre. » Pour la région de Drummondville, le retard n’est plus que de une semaine en comparaison avec 2016 puisqu’il se situe maintenant au 29 septembre en moyenne. Mais le rattrapage le plus étonnant provient des zones périphériques où le retard de croissance n’est plus que de 11 jours avec une maturité qui devrait être atteinte le 7 octobre en moyenne.

La bonne nouvelle est donc que si aucun gel mortel ne se produit d’ici la mi-octobre, tous les hybrides devraient avoir atteint une maturité suffisante au moment de la récolte. Sur ce point, le chercheur est plutôt confiant puisqu’un gel mortel de -2 degré Celsius ne se produit en général qu’aux alentours du 15 octobre pour la région de Montréal. Pour ce qui est des zones périphériques, on parle du 29 septembre mais les prévisions tablent encore pour du temps chaud pour les prochains jours.

Gilles Tremblay explique que le temps chaud de septembre a favorisé l’avancement de la maturité mais il a été aidé par le temps sec qui a accéléré le processus. Ce constat est cependant à double tranchant puisqu’il se fera au détriment du rendement. Les grains seront en effet plus légers cette année en raison du manque d’humidité. « La bonne nouvelle est aussi que tous les producteurs auront des champs à maturité, ce qui n’était pas évident à la fin août. Entre moins de rendement et des champs immatures, le premier est un moindre mal pour les producteurs ». La perte de rendement est aussi atténuée par le fait que le manque d’eau s’est produit durant la période végétative du plant.

Autre constat du chercheur, les producteurs qui ont tenu leur bout et ont semé des hybrides pleine saison ont eu raison puisqu’ils auront atteint leur maturité dans les dates, soit du 26-27 septembre pour le sud du Québec et le 6 à 15 octobre ailleurs. « On se rend compte que entre des hybrides de 3000 UTM ou 2800 UTM, il n’y a pas grand écart de rendement. Pour ceux qui respectent les UTM recommandés pour leur région, il n’y a pas de risque. Les semis faits jusqu’au 20 mai auraient été corrects. Il n’y aurait donc pas eu de raison de changer pour du soya », ajoute le chercheur qui souligne également que le Québec est le seul à récolter des chiffres réalisés à la suite d’analyse sur des échantillons, en lieu et place d’estimations.

Quant à savoir s’il faudra s’habituer à des automnes chauds comme c’est le cas depuis plusieurs années, les analyses ne sont pas suffisantes pour en juger puisque ces analyses sont menées depuis 2008, même si les mois de septembre ont été positifs dans l’ensemble. Gilles Tremblay note toutefois qu’une saison sur quatre peut se qualifier de « moyenne » du point de vue du rendement, en raison des conditions plus difficiles de croissance.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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