Un face à face entre le semis direct et le travail conventionnel

Dans le sol argileux du CÉROM, il a fallu sept ans pour que le semis direct en vienne à procurer un rendement égal ou supérieur à celui d’une régie conventionnelle

Laquelle, entre la régie conventionnelle (labour) et celle en semis direct, offre les meilleures perspectives de rendement? Un essai de longue durée réalisé au CÉROM vient répondre , du moins en partie, à cette question d’une importance indiscutable.

Les auteurs de cet essai sont la chercheuse Marie Bipfubusa et l’agronome Gilles Tremblay, qui œuvrait comme chercheur au CÉROM jusqu’à 2017 et qui est maintenant à l’emploi du MAPAQ-Montérégie Est. Ils en ont présenté les résultats pour la période de 2008 à 2017 dans le site Web Agri-Réseau. Il vaut la peine de signaler que de telles études de longue durée sont rares en agriculture. Celle-ci est d’ailleurs toujours en cours.

Les chercheurs ont appliqué une rotation maïs-soya-blé avec fertilisation exclusivement minérale. Les terres sur lesquelles le projet s’est déroulé sont de nature argileuse. Année après année, on a compilé trois paramètres fondamentaux, soit le rendement, le pourcentage d’humidité à la récolte et le poids spécifique.

La première année -2008- n’a pas révélé d’écart significatif entre les deux régies. La régie conventionnelle a offert un rendement de 12 416 kg/ha contre 12 013 kg/ha pour la régie en semis direct. En outre, d’une parcelle à l’autre, les rendements se sont avérés relativement stables, ce qui a réjoui les auteurs, car cela témoignait de l’uniformité des conditions de sol.

En 2009 toutefois, la régie conventionnelle a pris les devants au plan du rendement et elle les a conservés durant cinq des six années suivantes, 2010 étant l’exception. Selon l’année, l’écart de rendement a oscillé entre 10% et 36%. En ce qui concerne le pourcentage d’humidité et le poids spécifique, la régie conventionnelle s’est avérée supérieure lors d’une seule des six années.

Deux photos prises au même moment en 2015. La différence entre les deux régies quant à la quantité de résidus laissés en surface est flagrante. On peut aussi observer que le feuillage de la parcelle en régie conventionnelle est plus avancé que celui de la parcelle en semis direct. Néanmoins, les deux parcelles ont généré le même rendement.

Un virage s’est toutefois amorcé en 2015. Cette année-là, les deux régies ont procuré des rendements de soya similaires, soit 4869 kg/ha pour le semis direct et 4834 kg/ha dans le cas de la régie conventionnelle.

En 2016, la régie conventionnelle et celle en semis direct étaient au coude à coude avec des rendements respectifs de 3756 et 3825 kg. Puis, en 2017, dixième année du projet, le maïs en semis direct a livré 14 052 kg contre 12 864 kg pour la régie conventionnelle, ce qui correspond à un écart de 9%.

«Il est généralement reconnu qu’il existe une période de transition lorsque l’on passe d’une régie conventionnelle vers une régie en semis direct, écrivent les auteurs dans leur article d’Agri-Réseau. Cette période peut varier en moyenne de trois à cinq ans ou plus selon les caractéristiques du sol, le type de la rotation et, bien sûr, les conditions météorologiques.»

«Pour ce type de sol argileux, concluent-ils, il aura fallu vraisemblablement une période de transition de sept années avant que le semis direct soit bien implanté et qu’il ne donne des rendements équivalents ou supérieurs à ceux observés en régie conventionnelle.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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