Ligne de temps

Bien-être animal : les producteurs laitiers doivent s’adapter!

Les consommateurs ont une vision éloignée de la réalité des fermes laitières

Les consommateurs pensent que les vaches vont au pâturage et que les veaux restent avec leur mère. Les producteurs laitiers doivent éviter de dire qu’ils ont tort, selon la professeure Marina von Keyserlingk du programme de bien-être animal de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

« Je crois que de dire “vous ne comprenez pas notre industrie” n’est plus une option », dit-elle lors d’une conférence donnée dans le cadre du Colloque sur la santé des troupeaux laitiers tenu à Drummondville le 27 novembre 2018.

Après le scandale de brutalité sur une ferme laitière de Chilliwack, en Colombie-Britannique, son équipe de la UBC a sondé les perceptions des consommateurs en lien avec le bien-être animal, avant et après une tournée de visite de fermes laitières. Avant la visite, les consommateurs se trompaient sur plusieurs aspects, dont un plus important que les autres : la séparation des veaux d’avec les mères. Ils croyaient que les veaux restaient avec la vache.

Après les visites, les consommateurs ont amélioré leur connaissance, mais les perceptions ne se sont pas toutes améliorées. Ils ont noté que les producteurs sont attentionnés vis-à-vis des animaux. Toutefois, ils ont dit préférer que les vaches aient accès au pâturage et que la séparation des veaux d’avec les mères ne se fasse pas aussi vite.

Qu’en disent les vaches?

Dans un autre sondage, 90% des consommateurs souhaitent que les vaches aient accès au pâturage. Et qu’en pensent les vaches? Pour éviter le biais, des vaches ont été habituées à la fois au pâturage et à la stabulation libre. Puis, elles pouvaient choisir entre les deux systèmes. Les résultats ont révélé que le jour, les vaches choisissent d’être à l’intérieur. Toutefois, du soir au matin, les vaches préfèrent le pâturage.

Dans une autre étude, on a voulu savoir à quel point une vache serait prête à mettre d’efforts pour avoir accès au pâturage. Une pesée était installée sur une barrière d’accès. Malgré la difficulté, une fois qu’elles ont compris le truc, les vaches n’hésitaient pas à forcer pour y avoir accès. Ils ont aussi démontré que les vaches logées à l’intérieur sont autant motivées à avoir accès au pâturage qu’à avoir accès une RTM fraîche après la lactation.

On a alors regardé si le type de logette pouvait influencer ce choix. Eh bien, même lorsqu’il y avait des logettes de sable considéré comme le summum de confort, les vaches préféraient le pâturage.

Et les veaux?

L’argument de séparer les veaux des mères est souvent la santé. Ce sont d’ailleurs les vétérinaires qui prônent le plus pour la séparation des veaux d’avec les mères immédiatement après la naissance. Même s’ils sont principalement pour, les producteurs sont plus mitigés. Par contre, les consommateurs sont clairement contre.

Un des grands problèmes, c’est que nous n’avons pas d’études qui corroborent les raisons invoquées pour séparer les veaux d’avec les mères. « Nous avons besoin de la science pour justifier cela », dit Marina von Keyserlingk.

Or, alors que les gens imaginent des vaches au pâturage avec leurs veaux, nous devons vendre l’image de veaux en logement individuel. Marina von Keyserlingk n’a pas de solution à proposer. Des études ont toutefois démontré que le veau apprend beaucoup plus vite lorsqu’il est logé avec sa mère ou avec d’autres veaux. En fait, les veaux logés très tôt en pair apprennent presque aussi vite à jouer que des veaux en groupe. Les veaux logés individuellement ont plus de difficulté à apprendre.

Le colloque, qui en était à sa 14e édition, a attiré 270 personnes dont 100 producteurs laitiers.

Marina von Keyserlingk, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique.
photo: Marie-Josée Parent

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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