Un carrousel de traite chez les Beauchemin

Lorsque vient le temps de planifier une nouvelle construction, les producteurs laitiers sont confrontés à une grande question. Quel système de traite choisir ? C’est LA décision à prendre avant d’aller de l’avant. Alors que la quasi-totalité des projets est orientée vers la stabulation libre, nous vous proposons une visite chez trois producteurs qui ont chacun choisi un système de traite : robots, salle de traite conventionnelle et carrousel de traite. Dans cet article, apprenez-en davantage sur le choix de la famille Beauchemin.

Portrait Ferme J.N. Beauchemin et fils

  • Municipalité : Saint-Ours, Montérégie.
  • Propriétaires : Ghislain, Michel, Yvan et Benoit Beauchemin.
  • Relève : Raphaël, Renaud et Jean-Michel Beauchemin.
  • Troupeau actuel : 250 vaches totales, 220 vaches à la traite, 410 têtes au total (350 kg/jour de quota).
  • Avant la construction : 125 vaches totales (120 kg/jour de quota).
  • Projet : construction d’une étable avec salle de traite rotative de 28 postes intérieurs, entrée en fonction en juin 2008, agrandissement en 2017.

Lyne Arpin est celle qui a le plus d’expérience avec le carrousel de traite. Elle aime le contact avec les vaches. PHOTO: MARIE-JOSÉE PARENT

Les carrousels de traite sont peu populaires au Québec et pour cause. On les associe souvent à de très grands troupeaux. Même si leur grand troupeau est somme toute petit à l’échelle internationale, les propriétaires de la ferme J.N. Beauchemin et fils de Saint-Ours voulaient avoir la possibilité de l’agrandir. La nouvelle étable construite en 2008 loge aujourd’hui un total de 250 vaches, incluant les taries.

Les Beauchemin connaissaient bien la traite en salle de traite, puisque la ferme en possédait une conventionnelle double six depuis 1981. Alors étudiants, les frères Ghislain, Michel, Yvan et Benoit ont appris à travailler en équipe. Pour eux, faire la traite ainsi est logique. Les mauvaises expériences du début des années 2000 avec les robots leur font craindre cette option. Le carrousel choisi a 28 postes intérieurs avec installation des trayeuses par le côté. C’était une préférence de Lyne Arpin, la femme de Ghislain, et d’Yvan. Lyne et Yvan étaient ceux qui trayaient le plus souvent les vaches. Lyne trait toujours les vaches. C’est elle qui a le plus utilisé le carrousel depuis son installation. Elle aime bien poser elle-même la trayeuse. « On le voit tout de suite s’il y a une mammite », dit-elle.

Leur choix du carrousel a été motivé par la possibilité d’agrandir le troupeau. «Le carrousel nous permettrait de traire jusqu’à 400 vaches», explique Ghislain. À l’écouter, on ne doute pas un seul instant que la ferme atteindra un jour ce nombre. « Le carrousel, ça offre plus de flexibilité que les vaches attachées ou les robots», ajoute Raphaël, le fils de Ghislain. Aujourd’hui, les quatre frères, Lyne qui trait toujours les vaches et les trois jeunes de la relève voient toujours d’un bon œil le choix d’un carrousel. Son coût d’achat est plus élevé qu’une salle de traite conventionnelle, mais moins cher que des robots. Il faut toutefois plus de superficies de plancher que des robots. Mais le grand avantage n’est pas tant le coût que de ne plus avoir à faire d’investissement pour la traite au fur et à mesure que le troupeau grossit.

Avec les nouvelles allocations et les nouveaux quotas, ils ont dû garder plus de vaches. Ils sont justement en train d’agrandir cet été. En août, les vaches taries, qui sont tout près du rotatif, seront déplacées dans la nouvelle section de l’étable construite cet été. Des vaches en lactation occuperont l’espace actuel des vaches taries. La ferme J.N. Beauchemin possède actuellement un quota de 350 kg/jour. Avec les achats de quota, ils prévoient augmenter à 370 kg/jour à la fin de l’été. Ce sont les jeunes de la relève qui, à l’été 2016, ont allumé sur la nécessité de ce futur agrandissement s’ils ne veulent pas perdre de quota.

Raphaël et Renaud gèrent aujourd’hui le troupeau. PHOTO:MARIE-JOSÉE PARENT

Trois enfants des frères Beauchemin ont déjà les deux pieds dans le quotidien de la ferme. Raphaël, 28 ans, et Renaud, 24 ans, sont les fils de Ghislain et Lyne. Ils s’occupent du troupeau. Jean-Michel, 27 ans, est le fils de Michel. Il s’occupe des fourrages et des champs. Ils ont tous une formation en gestion et exploitation des entreprises agricoles. Ils ont eu la chance d’expérimenter d’autres équipements de traite en stage. Ils ont bien aimé les trayeuses qui s’installent par le derrière de la vache. Si c’était à refaire, c’est ce qu’ils choisiraient. Même si les fils aiment bien le carrousel et le trouvent fonctionnel tel qu’il est, cette anecdote rappelle l’importance d’impliquer la relève lorsque vient le choix d’un système de traite. Les enfants étaient toutefois trop jeunes à l’époque pour savoir s’ils allaient reprendre la ferme et pour savoir ce qu’ils aimeraient. «Si c’était à refaire en 2017, on aurait un carrousel extérieur de 28 postes, dit Raphaël. Ça prend moins de bâtiment.» Ils aimeraient bien aussi les nouvelles trayeuses avec les options d’aujourd’hui, comme les bains de trayon automatiques. «Si c’était à refaire, moi, je prendrais la même chose, mais 100 % automatisé », ajoute Renaud.

Jusqu’à l’hiver dernier, les Beauchemin n’avaient jamais été confrontés au problème de main-d’œuvre. Plusieurs employés ont depuis quitté. C’est pourquoi deux Guatémaltèques ont été engagés ce printemps. Renaud et Raphaël apprendront l’espagnol. Ainsi donc, même avec une grande famille, la problématique de main-d’œuvre est une réalité pour les opérateurs de salle de traite. «À refaire, à cinquante et quelques années, je choisirais les robots », avoue de son côté Lyne qui aime toutefois le contact avec les vaches. À trois traites par jour – 4h30, 12h30 et 20h30 – pour une durée de trois heures à chaque fois, ça fait beaucoup de temps passé à la traite.

DOSSIER SYSTÈMES DE TRAITE:

Un carrousel de traite chez les Beauchemin

Une salle de traite pour les Soesbergen

Des robots chez les Campeau

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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