Ligne de temps

Pas le temps de se mettre sur le « cruise control »

Les dernières semaines auront été pour le moins intéressantes pour le marché des grains :

  • Mois d’avril trop frais, suivi de conditions pratiquement idéales maintenant aux États-Unis.
  • Sécheresse pendant la pollinisation dans le sud du Brésil.
  • Mauvaise fin de saison-trop humide en Argentine.
  • Menaces de conditions trop sèches qui planent dans plusieurs régions de production de blé dans le monde (États-Unis, Canada, Ukraine, Russie, Australie)
  • Premières projections pour la prochaine année du USDA. On parle de stocks américains et mondiaux de maïs sous ce le niveau prévu. Les stocks de soya américain seraient aussi plus bas qu’anticipé, ce qui en aura d’ailleurs surpris plusieurs.
  • Négociation de l’ALENA.
  • Menace de guerre commerciale États-Unis/Chine qui semble déjà sur la bonne voie d’être résolue.

Et, la liste pourrait certainement s’allonger davantage si on prenait le temps de s’attarder à des choses plus spécifiques.

Ceci dit, ce que je retiens, c’est que 2018 s’annonce comme une année de changements très intéressants. Oui, on doit reconnaître que les stocks américains et mondiaux sont encore importants, rien pour vraiment supporter les prix. Par contre, avec les mauvaises récoltes de maïs (Amérique du Sud) et de soya (en Argentine) comme toile de fond, ainsi qu’une très forte demande qui ne semble pas démordre, disons qu’il y a matière à s’interroger sur les perspectives de la prochaine année. D’ailleurs, à Chicago, le comportement du marché des grains le reflète assez bien jusqu’ici avec une bonne fermeté générale des prix. C’est plus spécialement le cas pour les prix du maïs et du blé qui profitent encore d’une belle tendance haussière, et ce, depuis janvier dernier. Le soya se montre de son côté plus hésitant et nerveux. La récolte en Argentine aura sans aucun doute été très mauvaise, mais celle du Brésil est excellente. Avec le début de saison en cours aux États-Unis, nul besoin de dire que les prochaines récoltes américaines pourraient également être très intéressantes.

Bien que la toile de fond soit plus favorable qu’elle ne l’ait été depuis longtemps pour les prix des grains, il demeure par contre essentiel de garder le focus. Or, le printemps est certainement pour les producteurs l’une des périodes de les plus traitres de l’année. Ceci tient pour beaucoup de la météo et de la nervosité des marchés, un cocktail qui ne fait généralement pas bon ménage pour se mettre sur le « cruise control » : on surveille du coin de l’œil les prix, ça monte toujours. Ça va, on regardera dans quelques jours quand on trouvera un autre deux petites minutes pour s’occuper de tout ça…

Je regarde, par exemple, le prix du maïs à Chicago qui taquine de nouveaux sommets pour la récolte présentement à plus de 4,23 $US/bo. Savez-vous combien de semaines au cours des trois dernières années le prix du maïs pour la récolte à Chicago s’est transigé à plus de 4,23 $US/bo? Seulement six semaines ou encore 4% des 156 semaines des trois dernières années (2015, 2016 et 2017). Peut-il grimper davantage? Certainement!

Le hic, c’est que le coup de dé mise sur la météo encore une fois. Des conditions idéales d’ici la fin juillet prochain aux États-Unis, et il se peut très bien que le maïs ne gagne pas nécessairement beaucoup plus de terrain. Par contre, croyez-moi, si en raison de très bonnes conditions météo les spéculateurs décident de lâcher le morceau, en moins de temps qu’il n’en faut pour arroser vos champs pendant quelques jours, le prix aura plongé de nouveau sous  4$US/bo. Les deux dernières années nous l’auront d’ailleurs très bien rappelé. Et, le soya m’apparaît encore plus risqué cette année…

Bien entendu, à partir d’ici, tout est une question de gérer et ventiler son risque, que ce soit pour vendre le restant de son ancienne récolte ou pour réaliser de premières ventes pour la prochaine année.

Petit rappel cependant pour vous aider à ne pas perdre le cap: ce n’est pas par hasard qu’on parle de tendance saisonnière dans le comportement des prix. Que dit cette tendance? Que de manière « générale »*, les prix des grains (maïs & soya) ont une propension à atteindre des sommets généralement au cours des deux premières semaines de juin, avec parfois un rebond ensuite en juillet. Avec le mois de mai qui tire déjà à sa fin, ce n’est donc pas le temps de se mettre sur le « cruise control ». Gardez l’œil sur les marchés!

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* Chaque année est différente bien entendu, mais si quelqu’un vendait un certain volume de son grain chaque année depuis par exemple 10 ans au début juin, il obtiendrait en moyenne, sur 10 ans, un meilleur prix. Il faut dissocier cependant le marché à Chicago et le marché local. Pour ceux qui n’ont pas pour habitude de vendre avec des stratégies commerciales très étoffées, le prix du maïs au Québec propose lui-même souvent aussi une bonne moyenne en fin d’été. Pour le soya, c’est généralement plus tôt, en hiver.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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