Bilan annuel du marché laitier des Producteurs de lait du Québec

« Quand je pense aux douze derniers mois, je vois des avancées, du changement positif, mais aussi beaucoup d’inquiétude pour notre avenir. La croissance exceptionnelle de notre secteur s’est poursuivie. Concrètement, les producteurs laitiers ont livré en moyenne plus de neuf millions de litres de lait par jour aux différentes usines de transformation. Cela représente une augmentation de 10 % comparativement à 2015! Je ne connais pas beaucoup de secteurs d’activités qui ont progressé autant » a affirmé le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, en présentant son bilan de l’année lors de l’assemblée générale annuelle de l’organisation.

Une des principales causes de cette croissance vient d’une augmentation de la demande de matière grasse pour la crème et le lait de transformation durant les quatre dernières années. Ceci s’explique notamment par le fait que les données scientifiques probantes les plus récentes tendent à démontrer qu’il n’existe aucune association significative entre les gras saturés des produits laitiers et les maladies cardiovasculaires et pourraient même contribuer à la réduction de leur incidence. Par ailleurs, la Commission canadienne du lait prévoit maintenant que la croissance de la demande sera plus modérée dans les prochaines années.

De façon détaillée, de mars 2017 à mars 2018, les ventes canadiennes au détail de beurre ont connu une hausse de 4,5 %, de 4,4 % pour la crème, de 3,3 % pour le fromage et de 0,6 % pour le yogourt. Ces hausses ont plus que compensé le recul de 1,8 % des ventes globales de lait de consommation, une tendance généralisée dans plusieurs grands pays consommateurs de lait. Malgré la diminution des ventes du lait de consommation, celles du lait 3,25 % ont grimpé de 7,9 % alors qu’elles étaient en décroissance depuis les années 80 jusqu’en 2012. De leur côté, les ventes de lait biologique ont grimpé de 5,8 %.

La croissance du secteur laitier a des effets bénéfiques pour l’ensemble de l’économie du Québec et du Canada. En 2017, on estime que les investissements en bâtiments, machinerie et équipements sur les fermes ont dépassé le cap des 520 millions de dollars au Québec. Les producteurs laitiers ont investi dans leur entreprise pour la rendre plus performante, efficace et durable. Tous ces investissements ont des effets d’entraînement considérables pour l’économie du Québec.

L’entrée en vigueur des accords commerciaux atténuera aussi la croissance

« Notre évaluation des besoins du marché doit inévitablement tenir compte des effets de l’Accord économique et commercial global, dont les entrées de fromage atteindront près de 6 000 tonnes en 2018 » a ajouté M. Letendre. En effet, l’entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global (AECG) le 21 septembre dernier entre le Canada et l’Union européenne fait mal à la production laitière, mais aussi au secteur de la transformation fromagère. D’ici 2022-2023, chaque année, des milliers de tonnes supplémentaires de fromage déplaceront notre production. Avec l’importation des 17 700 tonnes de fromage européen, les agriculteurs laitiers canadiens perdront, à terme, 100 millions de dollars par année, à perpétuité.

Pour les Producteurs de lait du Québec, la pilule passe de travers après les trois premiers mois d’opération de l’AECG. Le Canada a importé 719 tonnes de fromage européen, ce qui représente 97 % des permis d’importation octroyés. En contrepartie, le Canada a exporté seulement 2,3 % de l’accès accordé au bœuf, et 0,5 % pour le porc. Les fromages qui entrent sont des produits qui concurrencent directement l’offre d’ici : du parmesan en majorité, mais aussi du brie, du gouda et du cheddar. « La pilule aurait été plus facile à avaler si le gouvernement avait mis en place des mesures d’atténuation équitables et si le gouvernement avait attribué les contingents tarifaires dans leur totalité aux fromagers, mais Ottawa a préféré partager les contingents 50-50 entre les fromagers et les détaillants. C’est illogique de donner des parts aux détaillants. Leurs affaires ne sont nullement affectées par l’AECG » a clamé M. Letendre.

De plus, le nouveau Partenariat transpacifique (PTP), signé le mois passé, n’a pas ajusté à la baisse les concessions laitières malgré le retrait des États-Unis. Cela fera mal aux fermes familiales d’ici. Les dommages à perpétuité de 160 millions de dollars annuellement pour les fermes laitières canadiennes s’ajoutent aux 100 millions de l’AECG. « Nous maintiendrons nos pressions auprès du gouvernement pour qu’il reconnaisse ces nouvelles pertes et déclenche rapidement un plan de mesures d’atténuation équitables pour les producteurs » a conclu le président des producteurs de lait.

Les prix à la ferme ne se sont pas redressés depuis 2014

Malgré une croissance des marchés et une augmentation importante de la production, les producteurs de lait québécois demeurent confrontés à une situation difficile au niveau du prix du lait à la ferme. Le prix moyen en 2017 était de 69,99 $/hl alors qu’il était de 70,97 $/hl en 2016, de 71,46 $/hl en 2015 et de 76,33 $/hl en 2014. Ces bas prix sont attribuables en partie au fait qu’une part importante de la production de beurre entraîne aussi la production de solides non gras du lait, non requis par le marché, qui sont vendus au prix mondial de la poudre de lait écrémé. Les prix mondiaux des solides non gras, comme la poudre de lait écrémé, demeurent bas en raison d’une demande forte pour le beurre et d’une surproduction aux États-Unis et en Europe, de bas prix qui affectent les producteurs de lait de partout dans le monde.

À propos des Producteurs de lait du Québec

Les Producteurs de lait du Québec, affiliés à l’UPA, représentent les 5 308 fermes laitières qui livrent quelque 3,3 milliards de litres de lait, dont la vente totalise des recettes à la ferme de plus de 2,58 milliards de dollars. La production et la transformation laitière génèrent au Québec quelque 83 000 emplois directs, indirects et induits et contribuent à hauteur de 6,2 milliards de dollars au produit intérieur brut. Finalement, elles entraînent des retombées fiscales de 1,3 milliard de dollars. Pour plus de renseignements, visitez notre site web à l’adresse www.lait.org ou suivez-nous sur Twitter.

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