Nouveaux cultivars de plantes fourragères en vue

Par 
Barbara Vogt

Publié: il y a 17 heures

Essais de rendement de panic érigé à Normandin.
Photo : M. Bellemare 
(AAC/AAFC)

Des cultivars de plantes fourragères moins exigeants en eau pourraient stabiliser les rendements lors des années sèches, tout en diminuant les besoins agricoles en eau. Dans ce but, l’équipe d’amélioration génétique des plantes fourragères du Centre de recherche et de développement de Québec d’Agriculture et Agroalimentaires Canada explore deux voies : améliorer la tolérance à la sécheresse de la luzerne, déjà cultivée sous nos latitudes, et accroître le rendement du panic érigé, une graminée fourragère naturellement plus tolérante à la sécheresse, afin d’en augmenter le potentiel agronomique. 

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Le projet sur la luzerne, mené sur six sites à travers le Canada, évalue la performance de 1050 plants issus de 14 cultivars exposés à un dispositif simulant la sécheresse. Les plants les plus performants seront croisés afin de développer cinq nouvelles populations, lesquelles seront soumises à un stress hydrique pendant deux ans. L’objectif est d’aboutir en 2028 à un ou plusieurs cultivars de luzerne adaptés à la sécheresse et aptes à la culture dans différentes régions canadiennes.

Évaluer la vigueur et les rendements sur des milliers de plants représente une tâche colossale. Une partie des mesures a été faite par imagerie (indices de végétation) avec des drones, puis comparée aux mesures manuelles. Les résultats montrent que l’imagerie par drone constitue un outil fiable et efficace dans le suivi des essais de sélection. 

Il reste ensuite plusieurs étapes : évaluer les populations dans des essais multi-sites, produire la semence sélectionneur et caractériser les nouveaux cultivars avant leur enregistrement auprès de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Les semenciers prendront ensuite deux à cinq ans pour produire des quantités de graines suffisantes en vue de l’introduction des nouveaux cultivars, prévue à l’horizon 2033.  

Le panic érigé: de nouveaux cultivars pour faciliter l’implantation  

Le projet sur le panic érigé, mené à Québec et à Normandin, vise à développer des cultivars de panic érigé à haut rendement. Cette graminée vivace de saison chaude est remarquable pour sa tolérance à la sécheresse et sa faible exigence en fertilisant. Elle peut servir de paillis, de litière ou pour l’alimentation des ruminants tout en contribuant à la lutte contre l’érosion, à l’amélioration des sols et à la fixation du carbone. Un bémol : le panic demande quelques années avant d’atteindre son plein potentiel de rendement. 

Plusieurs années de croisement et de sélection ont visé à augmenter la hauteur des plants, à élargir les tiges et à réduire le tallage du cultivar Cave-in-Rock. Les nouvelles populations évaluées en 2023 et 2024 ont montré une amélioration de rendement jusqu’à 27 % la première année et 31 % la deuxième année, comparativement au Cave-in-Rock d’origine.

Afin de faciliter l’implantation du panic, de nouvelles populations ont été développées par croisement entre le cultivar à gros grain Sunburst, et celui à haut rendement, le Cave-in-Rock. Le panic ainsi obtenu offrirait un rendement supplémentaire de 46 % l’année d’implantation et de 25 % lors de la première année de production, comparativement au Cave-in-Rock d’origine. Dans les parcelles d’essai, les rendements ont atteint 11 t/ha de biomasse dès les deux premières années – des résultats prometteurs, car les rendements moyens observés au Québec, une fois la culture établie, soit environ trois ans après l’implantation, varient entre 7 et 12 t/ha. 

Ces nouveaux cultivars donneront de nouveaux atouts dans la rotation et faciliteront une adaptation à court et à moyen terme aux changements climatiques. De plus, les cultures pérennes, comme la luzerne et le panic, offrent des bénéfices pour la santé des sols, entraînant un effet économique positif sur les années subséquentes.

Ces résultats ont été présentés lors de la Journée d’information scientifique Bovins laitiers – Plantes fourragères en février 2025, organisée par le CRAAQ (www.craaq.qc.ca).

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Barbara Vogt

Rédactrice

Barbara Vogt est chargée de projets aux publications pour le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ).