Agropark, la ferme des animaux du futur

Amsterdam (Pays-Bas), 23 novembre 2001 – Technologies de l’agriculture de l’avenir, ferme de Frankenstein ou camp de concentration pour animaux: les Néerlandais sont partagés au sujet du projet Agropark, une exploitation expérimentale dans un bâtiment de six étages comprenant aussi bien porcherie, basse-cour et élevage de saumon que champignonnière et serre.

« Quand le paysan ne va plus dans les champs où il connaît ses cochons, mais dans une usine où les porcs s’entassent par milliers, avec tous les risques de maladies que cela comporte, c’est que l’on a vraiment pris la mauvaise direction », estime Maaike Wermer, de la Société nationale de protection des animaux (SPA). Pour elle, le ministre de l’Agriculture Laurens-Jan Brinkhorst « a perdu la boule » en donnant son feu vert.

A quoi Jan de Wilt, spécialiste du comportement animal et membre du Green Space and Agrocluster Innovation Network, l’institut à l’origine du projet, répond que « si les gens peuvent vivre dans des immeubles, les cochons aussi ». Et de souligner qu« ‘avec la viande produite par cet immeuble, on peut nourrir toute une ville ».

Argument de poids dans un pays qui, pour être le troisième exportateur mondial de produits alimentaires, derrière les Etats-Unis et la France, n’en reste pas moins limité par sa surface réduite. La productivité agricole y est sept fois supérieure à la moyenne, mais les Pays-Bas en paient le prix par l’odeur qui règne sur de vastes étendues du territoire.

Avec ses 25 hectares, l’Agropark installé dans le port de Rotterdam est la quatrième exploitation du pays. Il peut notamment accueillir 300.000 porcs et un million de poulet tandis que les feuillus et les framboises poussent sur les toits des serres. Les responsables du projet prévoient d’utiliser la chaleur des porcs et poulets pour chauffer les serres, et les excréments pour servir de fertilisants et de nourriture pour les saumons, les excédents pouvant être exportés.

Bien sûr « on est loin de l’image du fermier en sabots avec son seau à la main, nourrissant ses bêtes et trayant les vaches », reconnaît Jan De Wilt, mais « vous ne pouvez pas nourrir une population mondiale de plus en plus importante avec une image d’Epinal ». Les partisans d’Agropark mettent également en avant une amélioration des conditions de vie des animaux: chaque porc disposera d’un box d’environ 0,5 mètre carré et les poulets seront regroupés par dix dans des box plus petits, avec des balcons à chaque niveau qui leur permettront de respirer.

Soucieux d’apaiser les passions, Jan De Wilt rappelle qu’il ne s’agit encore que d’un projet destiné selon lui à « stimuler le débat » sur l’avenir de l’industrie et de la société agricoles. Le climat n’est toutefois guère propice à l’industrialisation toujours plus importante de l’agriculture. L’Europe du Nord reste en effet traumatisée par les crises alimentaires de ces dernières années, comme la fièvre porcine, la fièvre aphteuse ou la maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine, ESB), qui a fait plus de 80 morts en Grande-Bretagne.

Les détracteurs les plus violents d’Agropark sont les membres de la Fondation pour les porcs en danger, un groupe de pression soutenant les exploitants traditionnels. Son ambassadeur, le chanteur pop Robert Long, s’est attiré les foudres des organisations juives, de la classe politique et des principales associations de défense des animaux en déclarant que « ce que Dachau a été pour les Juifs, c’est ce qu’est l’industrie de la viande pour les porcs ».

Les organisations de défense de l’environnement sont plus modérées, concédant que le projet présente des avantages mais s’inquiétant de la rupture du lien entre la terre et ce que nous mangeons. « Ce n’est pas plus cruel que les méthodes actuelles », note en outre Gijs Kuneman, de la Fondation pour la nature et l’environnement, « mais en concentrant autant d’animaux sur une surface réduite on augmente les risques de maladies et en cas d’épidémie au lieu de détruire 50.000 porcs il faudra en abattre 300.000 ».

Source : AP

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