Budget européen: Londres lie son rabais à une remise à plat de la PAC

Londres (Angleterre), 10 juin 2005 – A une semaine du sommet européen de Bruxelles, le Royaume-Uni exclut désormais toute discussion sur le rabais que lui consent l’Europe si on ne remet pas à plat la Politique agricole commune (PAC), qui bénéficie largement à la France.

« Si les gens veulent examiner à nouveau fondamentalement la PAC, on pourra bien sûr tout réexaminer à fond », a annoncé vendredi le Premier ministre Tony Blair.

« Ce que l’on ne peut pas faire, c’est prendre une partie du débat et dire que tout est lié au rabais britannique, et ne pas avoir l’autre partie du débat », a-t-il ajouté à l’issue d’entretiens avec le président du Parlement européen Josep Borrell.

Le dirigeant britannique avait, dès jeudi, opposé une sèche fin de non-recevoir au président français Jacques Chirac, qui lui demandait « un geste » sur le rabais. Cela n’a pas empêché M. Chirac de réclamer à nouveau « un effort » à Tony Blair vendredi.

Le ministre des Finances Gordon Brown, passant lui aussi à l’offensive contre la PAC, a martelé que « le problème qui a donné naissance au rabais est le montant énorme dépensé par l’Union européenne (UE) pour l’agriculture: 40 % du budget pour seulement 5% des actifs ».

Le rabais britannique est au coeur du débat qui occupera les dirigeants de l’Union au sommet de Bruxelles les 16 et 17 juin, lors duquel doit être fixé le budget communautaire de 2007 à 2013.

Le budget de la PAC, établi dès 2002, ne devrait pas être débattu. M. Chirac a refusé vendredi de « transiger » à ce sujet, et Londres n’en est pas à réclamer une renégociation.

L’idée est pourtant dans l’air. Lord Radice, président de la commission des Affaires européennes de la chambre haute du parlement, affirmait ainsi lundi que « si la PAC était réformée, ou si son financement passait du niveau communautaire au niveau national, tant la contribution britannique nette que le rabais diminueraient fortement ».

La ristourne avait été obtenue de haute lutte en 1984 par Margaret Thatcher, alors Premier ministre conservateur. Le Dame de Fer arguait déjà que Londres bénéficiait peu du budget agricole, la principale dépense de l’Europe.

Bien que 24 des 25 membres de l’UE y soient désormais opposés, « le rabais a ici une signification emblématique, comme la PAC pour les Français », soulignait vendredi le Times. Londres menace d’ailleurs régulièrement d’utiliser son veto pour conserver son « chèque ».

« Je ne vais pas pas dire obstinément que nous ne discuterons avec personne », a pourtant affirmé vendredi M. Blair, préconisant « un débat de fond sur l’avenir du financement de l’Europe ».

Le dirigeant britannique pourrait proposer à Bruxelles « un peu plus d’argent pour la recherche et les politiques favorables à la croissance en général », estime pour l’AFP Iain Begg, de la London School of Economics.

Mais Tony Blair, souligne cet expert, est d’abord « attaché à contenir le budget de l’UE, comme les autres contributeurs nets » (Allemagne, France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède et Autriche). Et depuis 1971, rappelle-t-il, « la Grande-Bretagne a toujours cherché à diminuer les dépenses de la PAC ».

Source : AFP

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