Compte-rendu du colloque entrepreneur gestionnaire

Québec (Québec), 20 novembre 2003 – Quelque 700 personnes ont assisté au Colloque de l’entrepreneur gestionnaire organisé par le Comité gestion de l’entreprise agricole du CRAAQ. L’activité se déroulait à l’Hôtel Universel Best Western de Drummondville.

C’est sous le thème Face aux risques, relevez le défi de l’équilibre ! que le président du comité organisateur, monsieur Régis Tremblay, a ouvert le colloque. L’entreprise agricole d’aujourd’hui est confrontée à des risques naturels, de marché, financiers et structurels qui affectent son équilibre. Le comité organisateur a donc voulu mettre en relief certains de ces risques et faire la lumière sur les nouveaux outils permettant la gestion des risques.

Les participants ont pu comprendre les changements engendrés par le Cadre stratégique canadien pour le volet gestion des risques grâce à Monsieur Charles Cantin, conseiller principal pour le Cadre stratégique agricole à Agriculture et Agroalimentaire Canada, qui a expliqué les changements et le fonctionnement des programmes. Seulement trois programmes sont retenus pour le financement fédéral, soit le Programme canadien de stabilisation du revenu agricole (PCSRA) qui combine la protection reliée à la stabilisation et à la catastrophe, l’assurance production, et le Programme de paiements anticipés. Un autre changement d’importance réside dans le calcul du niveau couvert par les gouvernements. Celui-ci se fera désormais à partir de la marge de production pour pallier le manque de couverture de l’ancien programme qui se faisait sur la marge brute.

Monsieur Cantin a mentionné que le Québec peut s’attendre à recevoir relativement la même contribution fédérale que par le passé, c’est à dire de l’ordre de 125 M$/an même si la part des montants fédéraux ne sera plus déterminée sur la base d’une allocation fixe mais en fonction d’un programme à la demande. Au Québec, La Financière agricole du Québec sera l’organisme gestionnaire du PCSRA et de l’assurance production. Monsieur Jean-Marc Lafrance, vice-président aux assurances et à la protection du revenu à La Financière agricole du Québec, a présenté le processus d’implantation de la nouvelle réforme qui permettra également aux entreprises de conserver leur principal outil collectif de gestion des risques, l’ASRA.

Monsieur Jacques Lebuis, sous-ministre adjoint au MAPAQ à la Direction générale de l’agroenvironnement a présenté l’état de la situation du virage agroenvironnemental au Québec en mentionnant que le mouvement était bien amorcé par les entreprises québécoises. Ensuite, au moyen d’un exemple, monsieur Lebuis a démontré que globalement les pratiques agroenvironnementales ne représentent pas nécessairement un coût insurmontable pour plusieurs entreprises agricoles et qu’il peut même s’agir d’une décision rationnelle sur le plan économique dans plusieurs cas. Il a également souligné que l’intégration du virage agroenvironnemental contribuait globalement à améliorer la qualité de vie des résidents en milieu rural et à développer l’agrotourisme. Monsieur Lebuis a conclu sur ces paroles : S’il existe un certain risque à prendre le virage agroenvironnemental dans l’entreprise agricole, de ne pas le prendre pourrait engendrer un risque encore plus grand à long terme!

Pour sa part, monsieur Raymond Levallois, professeur-chercheur à l’Université Laval, a présenté une analyse de la problématique de l’endettement en agriculture. Il a clairement démontré que le niveau d’endettement des fermes laitières du Québec a augmenté ces dernières années et que la capacité de remboursement n’a pas suivi. Il apparaît évident que la situation financière de ces entreprises s’est détérioré avec, en particulier, une diminution de la marge de sécurité sur les produits, même pour les entreprises très efficaces . Bien que, selon lui, le prix du quota soit trop élevé, cela ne suffit pas à expliquer la conjoncture actuelle. D’après lui, la situation est très inquiétante et des actions drastiques doivent être prises tant au niveau collectif qu’au niveau individuel, sinon notre modèle d’agriculture laitière pourrait changer considérablement. M. Levallois a d’ailleurs conclut en disant qu’ il faut revenir aux valeurs sûres d’une saine gestion et au gros bon sens !

Monsieur Bernard Belzile, consultant chez Services conseils Bernard Belzile inc. a enchaîné en présentant une conférence sur le prix du quota. Il a expliqué les fondements de la gestion de l’offre et il a analysé les facteurs qui expliquent l’augmentation en flèche du prix du quota soit, entre autres, l’accroissement de la capacité de production, le peu de solutions de rechange intéressantes, l’accès au crédit et la confiance dans l’avenir de la gestion de l’offre. Il a démontré que la hausse des prix du quota réduit la rentabilité des projets de croissance, contribue à l’endettement élevé des entreprises et encourage leur démantèlement. Selon lui, c’est collectivement et de façon solidaire que les producteurs peuvent probablement agir avec le plus d’efficacité, en intervenant directement sur le marchés des quotas . Ils pourraient aussi décider de remplacer en partie ou en totalité les règles du marché par un mécanisme planifié d’attribution des quotas rendus disponibles. Le choix entre un marché totalement libre et une gestion plus collective et planifiée du partage du quota soulève donc un débat. Or les enjeux sont déterminants pour l’avenir des productions concernées. Et si l’on veut agir sur le prix des quotas, l’élément clé demeure la solidarité des producteurs à prendre des décisions à l’avantage de la collectivité.

Monsieur Dean Bergeron, conseiller en actuariat chez Desjardins Sécurité financière, a terminé la journée en présentant, à partir de ses expériences d’athlète paralympique, comment développer des stratégies gagnantes. Pour lui, la planification, la préparation et l’action sont des outils importants pour faire face aux risques. Quand une situation s’avère défavorable, il souligne l’importance de vaincre la peur du ridicule ou de l’échec, de transformer les pourquoi en comment et surtout de ne jamais abandonner. À l’inverse, quand une situation s’avère positive, il faut capitaliser avec les forces et savourer les victoires, grandes et petites. Tous les intervenants et producteurs présents au colloque ont pu profiter de l’expertise de monsieur Bergeron puisque les stratégies démontrées s’appliquent aussi bien dans le monde des affaires que dans la vie personnelle.

Finalement, le comité a renouvelé le Concours Place aux jeunes. Monsieur Michel Saint-Pierre, président-directeur général de La Financière agricole du Québec, qui parraine la Bourse du concours, a remis celle-ci au gagnant de cette année, Mathieu Barbeau. Monsieur Barbeau est producteur à la Ferme Pierrerouge et a, lui aussi, laissé une note positive aux participants en présentant son projet d’établissement non apparenté sur une ferme laitière… Félicitations à la relève !

Pour les personnes désireuses de se procurer les textes complets des conférences de ce colloque peuvent s’adresser au Service à la clientèle du CRAAQ au (418) 523-5411 ou au 1 888 535-2537 (sans frais). Le prochain rendez-vous du Colloque de l’entrepreneur gestionnaire aura lieu en novembre 2004.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ)
http://www.regroupement.qc.ca/

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