De la grande visite chez Prograin

Un invité de marque a fait une visite éclair mais remarquée cette semaine dans les bureaux de Prograin à Saint-Césaire. Le ministre chinois de l’Agriculture, Han Changfu, a profité d’une visite au Canada pour passer une journée au Québec. Si la matinée a été consacrée à une visite d’Olymel sur la rive-nord, c’est chez le distributeur de semences et de soya que le ministre s’est attardé en après-midi. La rencontre qui s’est organisée de manière conjointe avec le gouvernement canadien a été réalisée dans la plus grande confidentialité dans les deux dernières semaines.

De gauche à droite: Alexandre Beaudoin, V-P Ventes et Marketing chez Prograin, Jean-Claude Poissant, Député Libéral de la circonscription de Laprairie à la Chambre des Communes, Alain Létourneau, Président de Prograin, Han Changfu, Ministre de l’agriculture et des affaires rurales de la province de Jilin en Chine, Éric Gagnon, Directeur du Centre de Recherche et Développement chez Prograin, Chen Xueming, Consul Général de la Chine à Montréal, ean-Pascal Laplante, Représentant des ventes internationales. Source: Prograin

Durant l’heure de sa visite qui était réglée au quart de tour, une brève visite des locaux et une vidéo corporative et ont présenté. Ce fut surtout l’occasion de créer un contact avec l’immense marché de la Chine, indique le pdg de Prograin, Alain Létourneau. « Même s’ils sont pratiquement autosuffisants (au niveau du maïs et du soya), la demande augmente en ce moment en Chine avec la démographie et la hausse du niveau de vie. Nous sommes en mesure chez Prograin de fournir un soya haut de gamme et en haute teneur en protéine ». Le marché chinois se transforme également. « Ce marché était considéré habituellement comme bas de gamme mais il est de plus en plus prêt maintenant à payer des prix plus élevés pour des produits de meilleure qualité ».

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Le marché asiatique n’est pas une nouveauté chez Prograin. Le distributeur est présent depuis plusieurs années au Japon et possède même un bureau en Chine, en plus d’avoir un employé qui a pu communiquer dans la langue du ministre lors de sa vite. Ce marché est crucial puisqu’il est le plus important en Asie. Le momentum actuel est aussi à saisir, estime le pdg de Prograin. Le retrait des Américains du marché avec l’imposition des tarifs chinois sur le soya produit aux États-Unis crée une belle opportunité. Des dizaines de milliers de tonnes de soya du Québec sont déjà exportés en Chine mais ce volume pourrait être appelé à augmenter considérablement si les producteurs d’ici s’avèrent en mesure de combler la demande.

Quelques obstacles demeurent toutefois. Le premier est le taux aux douanes de 13% imposé au soya canadien. Dans ses demandes, Alain Létourneau a plaidé pour une baisse des taux pour faciliter l’accès, d’ici à ce que des ententes commerciales puissent être signées entre le Canada et la Chine. Le second est la pénurie de soya non OGM. « Depuis deux années consécutives (2016-2017), on manque de soya non OGM. Il faut faire passer le message aux producteurs. Ils doivent se manifester. Il y a un momentum en ce moment, il y aura des occasions à saisir ».

Le Canada est bien positionné aussi selon le dirigeant. Le soya canadien a bonne réputation sur les marchés internationaux et si les bonnes représentations sont faites auprès des dirigeants chinois, les retombées ici seront plus qu’intéressantes.

Prograin compte également profiter de sa réputation à l’étranger et de son expérience pour poursuivre le dialogue avec les autorités chinoises. En plus de son bureau en Chine et de ses autres bureaux ailleurs en Asie, des semences sont achetées et cultivées à Vladivostock dans la partie orientale de la Russie. Les acheteurs qui sont chinois ont donc accès déjà les produits de Prograin, une carte de visite de plus pour l’entreprise. Deux employés sont d’ailleurs en route pour la Chine pour une semaine pour établir des contacts et sans nul doute que la carte d’affaires du ministre chinois et de son bureau donnera un coup de pouce à leur démarche.

Un mot sur la récolte québécoise

Le Bulletin a profité de l’occasion pour avoir le pouls sur les progrès de la récolte de soya au Québec. “On vit beaucoup d’espoir. Il faut avoir cinq à six jours de soleil consécutif pour pouvoir avancer. On est actuellement à 25-30% de la récolte alors qu’habituellement on se trouve à 65% à ce temps-ci de l’année”, indique Alain Létourneau. La bonne nouvelle est que le rendement semble excellent. Pour la qualité, la pluie n’a pas aidé et a maintenu les taux d’humidité élevé. “Ce n’est jamais très bon de sécher mais c’est mieux que de perdre la récolte. Mais du beau temps serait l’idéal. Ce serait une bonne nouvelle pour les producteurs qui n’en ont pas eu beaucoup ces temps-ci avec les accords commerciaux et les prix qui laissent à désirer.”

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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