« Depuis la fièvre aphteuse, on vit dans la peur et le désespoir »

Deventer (Pays-Bas), 31 mars 2001 – Encore sous le choc de l’annonce des nouveaux cas de fièvre aphteuse aux Pays-Bas, Jannie, une agricultrice de l’est du pays lâche: « depuis la fièvre aphteuse on vit dans la peur et le désespoir ».

Jannie, 49 ans, et son mari sont agriculteurs dans la région de Oene, un village où ont été découverts jeudi trois cas de fièvre aphteuse sur les onze recensés vendredi aux Pays-Bas. Seul un tronçon d’autoroute sépare leur exploitation, qui compte 60 vaches à lait, de la zone contaminée.

« Cela évite pour le moment que nos vaches soient abattues de manière préventive », explique-t-elle. « Pourtant avec l’annonce de nouveaux cas chaque jour, je me sens comme lors d’un soir d’été quand l’atmosphère est lourde et que l’on sent que l’éclair va frapper mais on ne sait pas quand. Aujourd’hui l’éclair c’est la fièvre aphteuse ».

Par mesure de précaution, tous les animaux, même sains, situés dans un rayon de deux kilomètres autour des fermes contaminées doivent être abattus, selon les règles du ministère de l’Agriculture.

« Voir son troupeau entier détruit, c’est un sentiment terrible. Les paysans se demandent quelle vache il faut tuer en premier et ils savent que le reste du troupeau va le voir et paniquer, et ils ne peuvent rien faire pour l’empêcher », explique Jannie qui donne rendez-vous à ses interlocuteurs dans un bureau de l’organisation agricole GLTO à Deventer (est) par peur des risques de contamination sur sa ferme.

Dans les zones contaminées près de Deventer, tout semble normal. Les fermes aux toits de chaume s’alignent sous la pluie, le long des prés verts tout plats, avec parfois un moulin à l’horizon.

Mais derrière les façades nettes en brique rouge se cache une terible détresse. Doucement, Jannie, qui a repris l’exploitation de ses parents il y a 27 ans, parle de l’isolement qui touche le monde paysan.

« Je ne peux pas aller voir mes amis dont tous les animaux ont été abattus en raison des risques de contamination. Les seuls contacts possibles se font par téléphone ».

Dans les environs, un agriculteur s’est suicidé la semaine dernière. Dans cette communauté paysanne où les voisins et les familles sont habitués à se soutenir, personne ne voulait aller à son enterrement à cause des risques de contamination, raconte-t-elle.

Depuis la découverte du premier cas, le facteur ne passe plus ni dans les zones contaminées, ni chez Jannie et son mari. « Les mariages, les anniversaires ont été annulés, tout s’est arrêté », remarque-t-elle.

Son second fils, qui travaillait dans une entreprise de transport de bétail est au chômage technique depuis une semaine. Tous les transports d’animaux ont été interdits depuis le 21 mars, date de la découverte du premier cas.

Pour les agriculteurs dont le troupeau a été détruit, s’ouvre une période de vide total. Jannie en connaît trois qui n’y ont pas résisté et ont dû être emmenés à l’hôpital. Afin de parer au plus pressé, la GLTO, qui reçoit quelques 7.000 appels d’agriculteurs par jour, a mis en place une équipe de dix personnes pour apporter une aide psychologique.

Pour Jannie, l’Europe doit revoir sa politique sur la vaccination préventive. « L’exemple de l’Angleterre montre que la non-vaccination ne marche pas et on peut se demander s’il faut continuer à abattre des milliers d’animaux sains ».

Consciente que les Pays-Bas ne peuvent pas prendre une décision unilatérale, elle milite pour une discussion européenne. « Il faut éviter qu’il arrive ce qui nous arrive à des agriculteurs d’autres pays », dit-elle.

Source : AFP

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