Des milliers d’agriculteurs réunis sur la colline parlementaire à Ottawa

Ottawa (Ontario), 5 avril 2006 – « Comment se fait-il qu’on doive venir ici par milliers pour répéter ce qui a été dit et redit maintes fois? L’agriculture est en crise! Les conservateurs avaient pourtant pris des engagements très clairs durant la dernière campagne électorale pour soutenir les producteurs canadiens. Mais depuis deux mois qu’ils sont au pouvoir, ils sont demeurés muets. Et alors qu’Agriculture Canada prévoit pour 2006 une baisse dramatique des revenus des producteurs canadiens, soit plus de 50 % par rapport à 2005 et 81 % par rapport à 2004, les agriculteurs américains, eux, enregistrent des revenus records, forts des subventions et d’une politique agricole structurante de leur gouvernement. C’est assez! »

C’est en ces termes que s’est exprimé aujourd’hui à Ottawa le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et également vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), M. Laurent Pellerin, devant des milliers d’agriculteurs canadiens et québécois. Ils étaient réunis sur la colline parlementaire, venus des quatre coins du pays en un vaste mouvement de solidarité, pour presser le gouvernement Harper d’adopter des mesures énergiques et immédiates afin de ramener la rentabilité sur les fermes canadiennes. À la veille des semences, ils ont crié leur besoin urgent de liquidités pour entamer la saison et simplement continuer de faire de l’agriculture.

Cette vaste mobilisation du monde agricole résulte d’une série de frustrations accumulées et de rendez-vous manqués au fil des ans. Promesses de réformes, mise en place de groupes de travail et annonces d’aides spéciales, les gouvernements se sont succédé et ont multiplié les approches à courte vue et les solutions temporaires. Le monde agricole, d’un océan à l’autre, avait pourtant mis en garde le gouvernement que le nouveau Cadre stratégique pour l’agriculture était inadéquat et qu’il ne réussirait jamais à faire le poids devant le Farm Bill américain. Ottawa s’est entêté et voilà que tout est à refaire.

Le dernier de ces rendez-vous manqués est certainement la rencontre des ministres fédéral et provinciaux de l’Agriculture tenue il y a une dizaine de jours. Alors que les agriculteurs sont sur les dents, pas un mot sur la crise des revenus, ni même une allusion à la situation d’urgence dans le secteur céréalier. Plutôt une nouvelle facture pour les producteurs, avec le remplacement des dépôts au Programme canadien de stabilisation du revenu (PCSRA) par une nouvelle formule de frais obligatoires. Et comme si ce n’était pas assez, les ministres ont candidement proposé de nouvelles consultations en vue de modifier le PCSRA, alors qu’Ottawa avait promis la mise en place rapide d’un tout nouveau programme, plus efficace et mieux adapté aux besoins des provinces.

Bien que la crise soit plus aiguë dans le secteur des céréales – ils sont 18 000 au Québec à produire du grain – c’est toute l’agriculture qui est touchée par la politique agricole américaine, incluant les productions animales. Il aura fallu une décision de l’Agence canadienne des services frontaliers pour qu’enfin Ottawa comprenne que les subventions américaines sont déloyales et créent des préjudices commerciaux importants aux producteurs canadiens. C’est l’ensemble de nos mécanismes de sécurité du revenu qui est menacé et la compétitivité de notre agriculture qui est en jeu.

« Le problème ne réside pas dans la productivité de notre agriculture, mais dans un soutien inadéquat. Jamais nos pratiques n’ont été aussi efficaces. Mais à quoi bon faire des gains de productivité si nous sommes envahis de produits étrangers qui inondent nos marchés à prix de dumping? » de renchérir le leader agricole québécois.

Pour M. Pellerin, « les mondes agricoles canadien et québécois traversent une crise structurelle qui dépasse largement tout ce qu’il a vécu au cours des dernières années. Les revenus des agriculteurs sont en chute libre et l’endettement connaît une augmentation exponentielle. Il est clair que sans un leadership et une volonté ferme d’Ottawa de revoir complètement ses programmes d’aide, la situation ne saurait s’améliorer de façon significative et durable. Le gouvernement canadien ne peut plus agir comme si on vivait en vase clos et faire abstraction des milliards de dollars que Washington verse à ses agriculteurs. À quand un Farm Bill canadien? », de conclure le président de l’UPA.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération Canadienne de l’agriculture
http://www.cfa-fca.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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