Deuxième anniversaire de la crise de l’ESB : les frontières toujours fermées

Longueuil (Québec), 18 mai 2005 – « Le 20 mai 2003, la découverte d’un cas unique de vache folle paralysait l’ensemble de l’industrie bovine canadienne, d’un océan à l’autre. Deux ans plus tard, 60 % de nos produits bovins ne peuvent toujours pas franchir les frontières américaines. Alors que les producteurs de bovins subissent encore d’énormes pertes à la ferme et qu’ils vivent dans un climat d’incertitude, au gré de rumeurs de levée d’embargo jamais concrétisée, nous réclamons une aide de l’État réellement adaptée à leurs besoins. »

C’est en ces termes que réagissaient MM. Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, Marcel Groleau, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec et Laurent Pellerin, président de l’Union des producteurs agricole (UPA), réunis à l’occasion d’un point de presse marquant les deux ans de la crise de l’ESB.

Un bilan accablant
M. Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, a dressé un bilan accablant des pertes subies à ce jour par les producteurs. « Au Québec seulement, on évalue les pertes à la ferme à plus de 490 M$. Même lorsqu’on tient compte des aides gouvernementales, les producteurs ont essuyé des pertes nettes de plus de 280 M$, ce qui est énorme dans notre secteur de production où les marges bénéficiaires avant la crise étaient déjà bien minces. » Et ce n’est pas tout, a précisé M. Dessureault, à chaque mois que dure la crise, le bilan s’alourdit de 20 M$.

Pour survivre, les producteurs n’ont eu d’autres choix que de réduire au minimum leurs dépenses et de reporter les investissements nécessaires à la bonne marche de leur ferme. Aujourd’hui, deux ans plus tard, cette stratégie financière a atteint ses limites. « Même après la reconsolidation de leurs dettes, les marges de crédits sont à leur maximum. Les producteurs sont à bout de souffle et ont un besoin criant de liquidité. Au rythme où les pertes s’accumulent, on comprend que la limite sera très bientôt atteinte », de déclarer le président de la Fédération des producteurs de bovins.

Une aide insuffisante et inadaptée
Il est donc crucial, que les gouvernements apportent un soutien financier direct aux producteurs et se manifestent en mettant rapidement en place des programmes adaptés à la réalité des producteurs du Québec. « Il est clair que les derniers programmes du fédéral, ceux de septembre 2004 et de mars 2005, n’ont pas fait la job. Les producteurs ont besoin de prêts sans intérêt et d’aide directe pour couvrir les pertes de marché qui dépassent encore les 50 % dans certains secteurs de production », a indiqué M. Dessureault.

Il a par ailleurs tenu à rappeler que la dernière annonce du ministre Mitchell, en mars 2005, alors présentée comme une première étape, devait être rapidement suivi de mesures additionnelles, notamment pour répondre aux besoins spécifiques des producteurs de bovins de réforme. « Or, deux mois plus tard, les mesures promises se font toujours attendre, et nous nous retrouvons encore une fois devant rien », de conclure M. Dessureault.

Un prix plancher pour les producteurs
En ce qui a trait au programme transitoire de compensation pour les bovins de réforme, annoncé par Québec en janvier dernier, M. Marcel Groleau, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, n’a pas manqué de rappeler l’engagement du gouvernement du Québec à couvrir la différence entre le prix payé par le marché et le prix plancher de 0,42 $ la livre. « Actuellement, les coffres du programme sont vides et les producteurs ne seront payés que pour les vaches vendues jusqu’au début mars. Le gouvernement du Québec s’est formellement engagé, en décembre dernier, à combler la différence entre le prix plancher de 0,42 $ et le prix du marché. Les producteurs s’attendent à ce que Québec respecte sa parole et qu’il livre les 11,4 M$ manquants pour donner suite à son engagement », d’affirmer M. Groleau.

La démarche de prise en main des producteurs
Pour sa part, le président de l’Union des producteurs agricoles, M. Laurent Pellerin, estime que les producteurs de bovins du Québec ont fait preuve d’un grand leadership et n’ont pas hésité à se retrousser les manches en choisissant d’acquérir des entreprises d’abattage et de transformation. « En se dotant d’outils stratégiques durables et en allant chercher la plus-value découlant du marché, les producteurs ont fait le choix de prendre le contrôle de leur mise en marché durement secouée par la crise. »

Le président de l’UPA a rappelé que dans ce contexte, les gouvernements ont tout intérêt à soutenir les producteurs dans la réalisation des projets d’acquisition, en injectant les capitaux nécessaires. « Ainsi, les producteurs retrouveront une plus grande autonomie financière et auront, à moyen terme, moins besoin du soutien financier de l’État; tous en sortiront gagnants », de souligner le président de l’UPA.

Rappelons que deux projets d’acquisition d’abattoirs d’envergure sont actuellement en cours de réalisation par la Fédération des producteurs de bovins du Québec, un premier dans le secteur des bouvillons d’abattage avec l’abattoir Billette, et l’autre dans le secteur des bovins de réforme, avec l’abattoir Colbex-Levinoff.

M. Pellerin s’attend à des gestes concrets du gouvernement. « Avec le saupoudrage de subventions fédérales que l’on observe actuellement, il est particulièrement consternant de ne voir aucune annonce pour les producteurs. Force nous est, encore une fois, de constater que l’agriculture est loin d’être une priorité gouvernementale », de conclure M. Pellerin.

Affiliée à l’Union des producteurs agricoles, la Fédération des producteurs de bovins du Québec regroupe 24 300 producteurs de boeufs et de veaux établis dans toutes les régions du Québec. Troisième plus importante production animale au Québec, l’industrie bovine génère des ventes annuelles de plus de 600 millions de dollars et commercialise annuellement quelque 800 000 bovins.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ)
http://www.bovin.qc.ca/

Fédération des producteurs de lait du Québec
http://www.lait.org

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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