Du soya hâtif grâce à la génomique

Essais de variétés de soya au CÉROM à Beloeil

Si un jour la culture du soya se répand au Lac-Saint-Jean, ce sera grâce à la génomique. Au CÉROM, on prend au sérieux ce nouvel outil prometteur, dans le cadre d’un vaste programme d’amélioration génétique du soya.

Sous la supervision de Louise O’Donoughue, le CÉROM entretient quelque 4500 parcelles de soya, dont 3500 sur son site principal à Beloeil. Puisque dans le cadre d’une sélection génétique traditionnelle, il faut réaliser des essais par centaines de parcelles et qu’il peut s’écouler jusqu’à 11 ans entre la sélection de parents et des essais à grande échelle en vue d’une commercialisation, on fait maintenant appel à des outils de génomique.

Sur des lignées de soya provenant d’Ottawa, de Guelph et du CÉROM, on a inséré pas moins de 40 000 marqueurs moléculaires, explique le professeur de l’Université Laval, François Belzile, qui collabore avec le CÉROM. Les efforts consistent maintenant à tenter d’associer ces marqueurs à des caractères génétiques, comme la maturité hâtive, le rendement ou la résistance à des maladies et ravageurs.

« Le but est d’établir des liens entre les marqueurs et des caractères d’intérêt, explique François Belzile. Ils deviendront ensuite des outils pour le sélectionneur, pour identifier plus rapidement les lignées qui portent les gènes des caractéristiques recherchées. »

On cherche donc les gènes qui seraient associés à la maturité hâtive, dans le but de développer des variétés qui permettraient d’étendre la zone de production au Québec. On fouille pour ces gènes à la fois dans du matériel génétique d’Amérique du Nord et du matériel exotique, en provenance du Japon, de la Chine ou de l’Europe de l’Est.

Une variété hâtive n’étant pas nécessairement la plus productive, on la croisera avec des variétés à haut rendement. Si l’on connait aussi les gènes associés à la productivité, on pourra utiliser la génomique pour vérifier si à la suite d’un croisement, tous les gènes souhaités ont été retenus. Si c’est le cas, ce nouveau matériel sera ensuite soumis à la multiplication en parcelles sur plusieurs années. Cela permettra d’économiser des années d’essais avec du matériel qu’il s’avérerait insatisfaisant.

Le soya plus hâtif pourrait aussi servir dans des régions plus chaudes, comme la Montérégie, où on le sèmerait au lendemain d’une récolte de blé d’automne, suggère Louise O’Donoughue.

Le programme de sélection du soya du CÉROM vise aussi l’introduction de gènes de résistance au nématode à kyste, à la rouille asiatique ou au puceron du soya. « Nous regardons ce qui cause des ravages au sud de la frontière et qui pourrait arriver chez nous un jour, pour anticiper les problèmes phytosanitaires et développer des variétés résistantes », ajoute Louise O’Donoughue.

Actuellement, les analyses génétiques sont réalisées à l’Université McGill. Quand on aura identifié les marqueurs associés aux caractères recherchés, il sera probablement temps que le CÉROM ou l’Université Laval détiennent leur propre équipement de génomique, avance François Belzile. « Le coût des analyses génétiques devient bien moindre que le coût des parcelles, dit-il. Bientôt, on ne fera plus de parcelles qu’avec le matériel génétique le plus prometteur. »

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