Engrais verts semés avant la récolte

Mélange de radis fourrager et trèfle incarnat semé à l’épiaison du blé de printemps au début juillet. PHOTO : SCV Agrologie
Mélange de radis fourrager et trèfle incarnat semé à l’épiaison du blé de printemps au début juillet. PHOTO : SCV Agrologie

Les petites céréales sont les cultures qui se prêtent le mieux à l’implantation d’engrais verts en postrécolte. Sauf que dans les régions les plus froides, l’automne est souvent trop court pour que cette pratique en vaille la peine.

L’agronome Louis Pérusse propose une solution : semer les engrais verts à la volée, au stade épiaison. Les essais qu’il mène depuis quatre ans dans du blé et de l’orge dans la région de Québec s’avèrent très concluants.

« C’est une technique qu’un producteur peut s’approprier rapidement, qui est facile à apprendre », affirme celui qui a fondé SCV Agrologie pour faire la promotion des semis sur couvert végétal permanent (SCV).

Inspiré des pratiques mises au point par l’ingénieur-agronome français Lucien Séguy, le semis d’engrais verts au stade d’épiaison des céréales permet la production d’une bonne quantité de biomasse et la présence d’un couvert végétal jusqu’aux semis de la culture principale de l’année suivante.

Les essais de Louis Pérusse ont été menés avec des mélanges, composés principalement de vesce velue, de trèfle incarnat et de radis fourrager. Chaque espèce ayant des caractéristiques différentes, l’une peut prendre le relais de l’autre si les conditions lui sont adverses. Les annuelles ne survivront pas à l’hiver, tandis que les pérennes peuvent être ralenties au printemps par l’usage d’un défoliant, puis servir de couvert permanent sous la prochaine culture principale.

Le semis s’effectue avec un semoir à la volée de précision, ou tout autre outil d’épandage de précision. Idéalement, on sème lorsque de la pluie est prévue, afin de favoriser la germination. La croissance sera minime pendant les quatre semaines entre l’épiaison et la récolte. « Quand on récolte, la lumière parvient au sol et les engrais verts explosent! », rapporte Louis Pérusse.

Beaucoup de biomasse

Dans la région de Portneuf, cela a permis d’obtenir de deux à quatre tonnes de matière sèche à l’hectare, rendu à la fin octobre. « Imaginez le potentiel en Montérégie! On pourrait obtenir de quatre à cinq tonnes de matière sèche. »

En semant à l'épiaison, les engrais verts « explosent » dès la récolte et produisent énormément de biomasse par la suite. PHOTO : SCV Agrologie
En semant à l'épiaison, les engrais verts « explosent » dès la récolte et produisent énormément de biomasse par la suite. PHOTO : SCV Agrologie

Cette façon de semer des cultures de couverture est sensiblement la même que celle qui consiste à semer du blé d’automne dans un soya en prérécolte, une pratique que le producteur Raymond Durivage utilise depuis 2011.

Il est possible de semer des engrais verts en même temps qu’une céréale, ou encore en postlevée, mais d’après Louis Pérusse, il est beaucoup plus facile de réussir sans problème en semant au moment de l’épiaison. On circule alors dans les voies qui ont servi aux pulvérisations, de sorte qu’il n’y a aucune perte supplémentaire en écrasant les plants.

Semer ainsi à la volée est très abordable et rapide, d’autant plus que peu de producteurs auraient le temps de semer immédiatement après la récolte. Les engrais verts ayant déjà amorcé leur croissance, ils occupent le terrain et éliminent l’application automnale de glyphosate pour contrôler les mauvaises herbes.

En 2013, un producteur de Portneuf a semé des engrais verts de cette façon sur 100 hectares de céréales. « Ce n’est pas le genre de technique qui ne marche qu’une année sur deux, affirme Louis Pérusse. C’est un moyen de bien réussir nos engrais verts. »

à propos de l'auteur

Articles récents de André Dumont

Commentaires