Essais OGM : les consommateurs veulent des garanties

Paris (France), 4 février 2002 – Les consommateurs ne veulent pas faire les frais des expériences sur les OGM et ont réclamé des garanties sur les conditions d’essais dans les champs et le passage du laboratoire au terrain, lors de la première journée du débat public sur les organismes génétiquement modifiés.

Ce débat est organisé à la demande du gouvernement, alors que les essais sont au point mort en France après des arrachages sauvages conduits depuis l’été dernier dans les champs par les opposants aux OGM.

Pour de nombreux chercheurs présents, ce coup d’arrêt compromet la recherche française sur les OGM, alors qu’aucun risque pour la santé ou l’environnement n’est prouvé à ce jour.

« Les OGM permettent d’abolir les frontières entre les espèces, de mettre un gène animal dans une plante par exemple, cela demande d’être examiné de près », a souligné Marie-José Nicoli, présidente nationale de l’UFC-Que Choisir. Elle réclame des études approfondies sur les risques, allergiques notamment, avant la mise en culture expérimentale dans les champs.

« Ce qui me choque, c’est que les industriels conduisent les essais de toxicité ou d’allergie lors de la demande de mise sur le marché et non au moment des expérimentations », a ajouté Mme Nicoli.

« Il ne faudrait pas que l’on prenne les champs des agriculteurs pour les paillasses des laboratoires scientifiques », s’est insurgé Gilles-Eric Seralini, membre de la Commission du génie biomoléculaire, qui examine les dossiers d’essais, mais dans le camp des opposants.

Les essais peuvent présenter des risques de dissémination fortuite de gènes dans l’environnement. Des gènes OGM peuvent se retrouver dans des produits traditionnels, voire issus de l’agriculture biologique dont le cahier des charges implique « zéro OGM ».

Les représentants des consommateurs ont fait valoir le « droit à choisir le contenu de son assiette », avec des filières étanches.

L’agronome Daniel Evain, qui a passé dix ans au sein de la firme américaine Cargill (absorbée par Monsanto), a estimé que « l’évaluation de l’impact des OGM sur l’environnement présente de sérieuses lacunes ».

Il juge très insuffisantes les distances entre champs OGM et cultures classiques, s’« étonne que le protocole d’essai prévoie un suivi de 2 ans pour le colza OGM, alors que tout agriculteur sait que les repousses de colza peuvent intervenir pendant dix ans ».

Le débat, très vif, a porté aussi sur l’utilité même des OGM. « L’agriculteur est le premier intéressé, parce que les OGM peuvent lui permettre d’utiliser moins de pesticides et d’abaisser ses coûts », a estimé Didier Marteau de la FNSEA.

« Il n’y a aucun intérêt pour le consommateur, et pas grand intérêt pour l’environnement, mais c’est le meilleur moyen d’accès à la connaissance », selon Guy Riba, directeur scientifique à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique).

Pour Bruno Rebelle, directeur de Greenpeace France, « c’est une mauvaise piste pour l’agriculture aujourd’hui ». « Si je suis tout à fait d’accord en tant que consommateur pour qu’on obtienne de l’insuline nécessaire aux malades par génie génétique, je n’ai jamais demandé de riz doré enrichi en vitamine A », a lancé Solange Menigot, de Familles Laïques.

Guy Riba a reconnu que ce débat sur l’utilité sociale des OGM ne pouvait pas se tenir au sein de la commission du génie biomoléculaire, dont il est membre.

Faut-il créer une commission « citoyenne »? Lancer un débat parlementaire? « Le risque, c’est que ce débat ne serve qu’à amuser la galerie », a prévenu Thierry Raffin, militant de l’association écologiste Inf’OGM.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Institut national de la recherche agronomique (INRA)

http://www.corse.inra.fr/

Monsanto

http://www.monsanto.com/

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