Forum mondial des ONG : l’OMC creuse le fossé entre riches et pauvres

Beyrouth (Liban), 6 novembre 2001 – Des ONG ont dénoncé mardi à Beyrouth la mondialisation déséquilibrée qui se fait surtout « au détriment des pays du Sud », au deuxième jour d’un « contre-sommet » à la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de Doha.

« Il y a danger que l’OMC devienne une autorité légale supranationale », a déclaré Mohamad Douidar, professeur égyptien d’économie de l’Université arabe de Beyrouth.

Il s’adressait à quelque 150 personnes participant à un Forum mondial de quatre jours, le second du genre à Beyrouth, hostile à la 4ème réunion ministérielle de l’OMC prévue du 9 au 13 novembre au Qatar.

« L’OMC devient une autorité suprême internationale qui régit partiellement le commerce par dessus la tête des Etats et impose, sous le signe du libre échange, un monopole des pays développés sur la technologie, le commerce et les services, et même sur les inventions technologiques », a ajouté M. Douidar.

Les participants aux contre-sommets de Beyrouth contestent vivement les tentatives de l’OMC de lancer depuis Doha un nouveau cycle de négociations sur l’ouverture du commerce mondial.

Le président de la session, le Franco-égyptien Samir Amin, qui dirige l’ONG « Forum du Tiers monde », a affirmé que « le vrai objectif du libre échange est d’aggraver l’écart entre les pays du Nord et ceux du Sud ».

« Si vraiment les pays du Sud acceptent de lancer le nouveau cycle de négociations cela aggravera cet écart », a-t-il estimé.

Selon lui, « le rêve du capitalisme et des multinationales est de gouverner le monde » et « la libéralisation du secteur financier consacrera l’hégémonie et le monopole financier du Nord sur le Sud ».

« Dans les années 1970, la concentration bancaire était moins grande et le danger d’une ouverture des marchés en était limité. Aujourd’hui, l’ampleur mondiale des fusions rend ce processus dangereux », a-t-il dit.

L’Uruguayen Roberto Bissio de Social Watch a accusé l’OMC d’être « un club pour pays riches ».

« L’OMC ne veut pas ouvrir le commerce mondial comme elle le prétend, mais protéger le monopole des pays riches et les puissantes multinationales. Elle entend établir des accords contraignants qui ont des dents prêtes à mordre ceux qui ne s’y plieraient pas », a-t-il ajouté.

Selon lui, les pays du Sud sont « à la merci » de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International qui imposent leurs conditions avant d’avancer les fonds. « C’est tout à fait comme les dettes de jeu avec la maffia. Si vous parvenez à rembourser vous vous en sortez. Mais l’OMC est comme la maffia, quand on y entre, il est très difficile d’en sortir, comme chacun le sait », a-t-il dit.

Le pharmacologue égyptien Mohammad Raouf Hamed a également accusé l’OMC de vouloir étendre son monopole sur les brevets pharmaceutiques. « Un malade ne peut attendre 10 à 20 ans l’expiration du brevet pour enfin bénéficier du médicament disponible sur le marché », a-t-il assuré.

Plus de 200 ONG anti-mondialisation participent à ce forum qui rassemble des délégués de 45 pays. Des ateliers sur l’environnement, l’agriculture et la propriété intellectuelle devaient notamment se tenir en soirée.

Un premier rassemblement, plus modeste, tenu durant le week-end, avait permis une concertation dans le cadre du « premier rassemblement panarabe contre la mondialisation », organisée par des sympathisants de la gauche arabe.

Ammar Abboud, l’un des organisateurs, a affirmé à l’AFP que les deux réunions devaient bientôt annoncer un programme d’action à Beyrouth pour le 9 novembre, à l’ouverture de la réunion du Qatar.

Source : AFP

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