France : des amendes requises contre des militants anti-OGM

Vienne (France), 23 avril 2004 – Le procureur a réclamé devant le tribunal correctionnel de Vienne (Isère) une amende de 800 euros contre chacun des trois militants de la Confédération paysanne poursuivis pour la destruction d’une parcelle de colza transgénique en 1997, la première action de ce type en France.

Le tribunal rendra son jugement le 21 mai.

Le 7 juin 1997, les trois prévenus, Guy Germain, Jacques Roux et Fleury Joannin, avaient fauché avec 300 autres militants anti-OGM un champ de colza transgénique à Saint-Georges-d’Espéranche (Isère).

La multinationale Monsanto, qui réalisait les essais, avait hésité pendant deux ans avant d’engager des poursuites.

Les prévenus étaient passibles de trois ans de prison et d’une amende mais dans son réquisitoire le procureur Franck Rastoul a expliqué qu’il demandait une « peine de principe » en ne réclamant qu’une condamnation très légère.

« Il faut remettre les choses à leur place, ce ne sont que quelques centaines de mètres carrés de colza », a-t-il dit, « mais la logique militante ne peut pas justifier qu’on ignore le principe de la loi ».

Poursuivis pour « détérioration grave du bien d’autrui », les militants de la Confédération paysanne avaient annoncé leur intention de transformer cette audience en « procès des OGM ».

Ils ont fait citer comme témoin une dizaine de personnes qui ont défilé à la barre pour condamner les essais transgéniques. Parmi celles-ci, Daniel Evin, qui a travaillé comme ingénieur agronome chez Monsanto jusqu’en 2000, a affirmé que « ces essais d’OGM n’étaient pas isolés ».

« Il y a une contamination possible à plus de 5 kilomètres. Autour de ce champ, il y a donc eu du colza contaminé qui a été commercialisé par les agriculteurs en toute illégalité », a ajouté Daniel Evin, aujourd’hui agriculteur en Ile-de-France.

« Quand on récolte le colza, on perd 10% de la récolte et les graines peuvent rester dix ans dans le sol avant de germer. Les agriculteurs sont donc encore contaminés aujourd’hui mais ne le savent pas », a-t-il dit.

Essais « en toute illégalité » ?
Les agriculteurs poursuivis ont déclaré pour leur défense que les essais de colza transgéniques avaient été conduits « en toute illégalité » car la mairie de Saint-Georges-d’Espéranche n’avait pas été informée de leur existence.

Environ 300 opposants aux OGM ont manifesté dans la matinée dans les rues de Vienne pour soutenir les trois militants poursuivis. Ils portaient des banderoles où l’on pouvait lire: « OGM en liberté, syndicalistes en prison, société en danger » et « Relaxe pour les trois. Non aux OGM en plein champ ».

Marchant en tête de cortège, l’ancien porte-parole de la Confédération paysanne José Bové a pris la parole à l’entrée du tribunal, juste avant l’audience.

« Nous sommes devant ce tribunal pour dire que nous n’acceptons pas la situation que l’on nous impose, que l’Etat se couche devant l’industrie agroalimentaire, que la recherche publique se couche devant l’industrie », a-t-il lancé.

Il s’est aussi adressé au gouvernement: « Nous prévenons Hervé Gaymard que nous ne laisserons pas faire d’essais en plein champ. Nous continuons le combat ».

Selon José Bové, plus de 1500 maires ont déjà pris des arrêtés anti-OGM et plusieurs régions ont adopté des motions interdisant les OGM sur leur territoire.

« Nous allons voir si l’Etat va passer par dessus les élus locaux, si malgré tout (le ministre de l’Agriculture) Hervé Gaymard décide de reprendre de nouveaux essais », a lancé le leader syndical.

« Si nous ne sommes pas entendus, nous reprendrons nos faucilles et nous irons dans les champs arracher les OGM. Malgré les procès et les emprisonnements, je m’engage à participer à de nouvelles actions. Il est insupportable qu’on nous impose ce que les citoyens refusent », a-t-il dit.

Environ 2000 personnes ont participé toute la journée à des débats et des conférences sur les dangers des OGM organisées sous des tentes installées à travers la ville.

Le ministre de l’Ecologie, Serge Lepeltier, s’est prononcé jeudi pour un « grand débat public sur les OGM », après le feu vert donné par l’Agence européenne de sécurité alimentaire à un maïs transgénique de la société américaine Monsanto.

« Il faut impérativement un grand débat sur cette question. Au-delà des associations écologistes, c’est l’ensemble de la population qui doit être concernée », a-t-il dit sur RMC Info.

Source : Reuters

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Confédération paysanne
http://www.confederationpaysanne.fr/

Monsanto
http://www.monsanto.com/

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