Il est temps de mettre un terme à la gestion de l’offre et aux subventions selon l’Institut Fraser

Montréal (Québec), 10 février 2009 – Le Québec devrait se débarrasser du système de gestion de l’offre ainsi que de l’ensemble des subventions agricoles en faveur d’un marché ouvert et concurrentiel, selon une nouvelle étude de l’Institut Fraser, un organisme de recherche indépendant.

« Par définition, la gestion de l’offre est un système qui limite l’offre de certaines denrées dans le but de maintenir un prix élevé de manière artificielle. En raison d’un certain nombre de politiques publiques mal-conçues, les Québécois paient cher certaines denrées telles que le lait et les oeufs, » a déclaré Jean-François Minardi, analyste sénior de politiques publiques à l’Institut Fraser et auteur de l’étude Quel avenir pour l’agriculture québécoise?

« Plus de concurrence en cas de démantèlement du système de la gestion de l’offre et de suppression des subventions engendrerait une croissance de la productivité et offrirait aux consommateurs des prix plus bas ainsi qu’une plus grande variété de produits. »

L’étude, baptisée « Quel avenir pour l’agriculture québécoise? », analyse l’ensemble du système de soutien public aux agriculteurs québécois, ses effets néfastes pour la société dans son ensemble et propose une alternative pour assurer la viabilité de l’agriculture sur le long terme. L’intégralité du rapport est disponible sur le site Web de l’Institut Fraser au www.institutfraser.org.

« Le secteur agricole québécois a besoin d’un environnement plus concurrentiel au sein duquel les consommateurs paieraient moins chers des produits de meilleure qualité et les agriculteurs seraient incités à être plus créatifs, productifs et novateurs, » a fait savoir M. Minardi.

Dans l’étude, l’auteur présente les deux éléments principaux du régime actuel de l’agriculture québécoise, à savoir les subventions et la gestion de l’offre.

Des subventions onéreuses

M. Minardi fait référence au Rapport Pronovost qui a estimé que les agriculteurs québécois avaient reçu 725 millions $ en paiement directs des gouvernements fédéral et provincial en 2004, 722 millions $ en 2005 et 838 millions $ en 2006. En tout, le soutien gouvernemental (fédéral, provincial et municipal) à l’agriculture a augmenté de 248% lors des 25 dernières années. En outre, le système de compensations versées aux producteurs peut amener à des situations absurdes où, comme dans le cas du porc, les producteurs ont une incitation financière à augmenter leur production alors qu’il y a une crise de surproduction en Amérique du Nord.

Une gestion de l’offre coûteuse

L’autre pilier du secteur agricole québécois est le système de gestion de l’offre qui fixe des quotas de production pour maintenir des prix artificiellement élevés. Par exemple, le prix du lait a augmenté de 53 % depuis les douze dernières années, soit deux fois plus vite que l’inflation alors que les coûts de production ont chuté de 3,8 %. Ce coût supplémentaire est régressif et impose un fardeau particulièrement lourd aux ménages à faibles revenus, qui dépensent une plus grande partie de leur budget sur la nourriture que les ménages à revenus plus élevés.

Situation précaire

En 2004, 30 % de l’ensemble des exploitations agricoles au Québec ont été incapables de couvrir leurs dépenses et 23 % auraient eu un revenu net négatif sans soutien gouvernemental. En partie en raison du coût élevé des quotas, de la recherche de gains de productivité dans les entreprises agricoles non sujettes à la gestion de l’offre, de la taille croissante et de la modernisation des entreprises agricoles, le ratio d’endettement des agriculteurs a augmenté de 28,4 % en 2001 à 32,2 % en 2005.

« Nous pourrions toujours injecter d’autres milliards dans le système et augmenter le budget des programmes d’aide financière actuels, mais ce serait peu judicieux et injuste envers les autres Canadiens, » a indiqué M. Minardi.

« Le Québec comme le reste du Canada devra bien finir par trancher et faire un choix définitif entre le libre-échange et le protectionnisme. Le libre-échange est globalement dans l’intérêt de l’ensemble de l’économie québécoise, y compris le secteur agricole. »

Des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont réformé leur secteur agricole au début des années 90 avec des mesures visant à éliminer les politiques de gestion de l’offre et de subventions aux agriculteurs. Cela a amené une baisse des prix au détail et l’industrie est devenue plus productive et plus présente sur le marché international.

Cependant, M. Minardi conclut qu’il sera difficile de mettre en oeuvre ces réformes au Québec en raison du poids politique de certains groupes d’intérêt et des réticences du gouvernement à contrarier le vote rural.

« Il y a, au Québec, des obstacles considérables au changement dans la mesure où l’agriculture est perçue comme étant une partie intégrante de l’identité québécoise qui doit être préservée. De ce point de vue, la fermeture de petites fermes non-concurrentielles en cas de retrait des subventions serait perçue comme étant la perte d’un mode de vie traditionnel, élément essentiel de la culture québécoise, et donc comme une menace existentielle pour la société québécoise. »

« Ce que les personnes qui tiennent ce genre de discours ne réalisent pas, c’est que les communautés rurales ne pourront être dynamiques et durer dans le temps que si leurs activités sont économiquement rentables. Le changement est une condition nécessaire à la prospérité. »

L’Institut Fraser est un organisme de recherche indépendant avec des bureaux dans toute l’Amérique du Nord et des partenaires dans plus de 70 pays. Son objectif est d’effectuer et de diffuser des recherches à propos de l’impact des marchés concurrentiels et de l’intervention gouvernementale sur le bien-être des individus. Afin de protéger son indépendance, il n’accepte pas de subventions de la part de gouvernements, ni de contrats de recherche.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Institut Fraser
http://www.fraserinstitute.ca

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