« Il faut aller chercher notre dû dans le marché » – Laurent Pellerin

Québec (Québec), 2 décembre 2003 – « Le temps, et particulièrement les derniers mois, ont fait la démonstration qu’on ne peut pas aller chercher dans le marché les revenus nécessaires pour couvrir nos coûts de production. Il y a de l’argent dans le système pourtant… Pour corriger la situation, nous n’avons pas d’autre choix que de revendiquer un renforcement significatif de nos outils réglementaires et d’explorer de nouvelles avenues dans nos façons de faire ».

Voilà, en substance, le message qu’a livré, aujourd’hui, le président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, à l’occasion de son traditionnel discours annuel lors du 79e congrès général de l’organisation, qui se tient au Centre des congrès de Québec du 2 au 5 décembre prochain inclusivement.

M. Pellerin a longuement insisté sur la baisse dramatique du revenu net des producteurs et productrices agricoles, un revenu qui a plongé de 50 % en 2002. « Pourquoi on n’a pas les revenus escomptés? a-t-il interrogé. Parce qu’on est pas assez efficaces? Pas assez productifs? Non, a-t-il fougueusement défendu. Parce que le marché ne rétribue pas suffisamment nos coûts de production, voilà le problème. On produit à la marge sinon souvent à perte! En fait, quand on y regarde de près, beaucoup d’argent se fait en aval du système au détriment des producteurs ».

Le président de l’UPA a pris l’exemple de certaines denrées courantes pour illustrer son propos. Sur un verre de lait vendu 1,50 $ au restaurant, dix-sept cents seulement (ou 8 %) reviennent aux producteurs. Dans le cas d’un « T-Bone » à 12 $, c’est 1,80 $ (ou 15 %). Dans le cas d’un pot de cornichons vendu à l’épicerie, c’est douze cents (ou 4 %), une fois soustraits les coûts de la cueillette, à la charge du producteur. Dans le cas d’un sac de croustilles de 150 gr à 1,59 $, c’est dix cents (ou 6,3 %).

M. Pellerin a par ailleurs tracé un parallèle tout aussi évocateur entre les revenus annuels d’un producteur agricole et celui d’un ouvrier spécialisé, ce dernier concept servant de point de comparaison pour établir ce que devrait être, selon la loi, le « salaire normal » d’un agriculteur. Pour les années de référence disponibles, soit 2000 et 2001, a-t-il indiqué, le revenu des producteurs s’est établi, en moyenne, à 16 997 $ pour une semaine de 60 heures, celui d’un ouvrier spécialisé à 43 239 $ pour une semaine de 40 heures. Ramené à un taux horaire, cela représente respectivement 5,59 $/heure contre 20,54 $/heure.

La précarité de la situation est apparue particulièrement évidente, a-t-il souligné, avec la crise de la vache folle. D’ici la fin de l’année, les producteurs de bovins auront essuyé des pertes de plus de 150 millions. Et, malgré les compensations qu’ils ont dû arracher, ils devront malgré tout encaisser un manque à gagner de quelque 60 millions, de l’argent qu’ils ne reverront jamais. Dans ces conditions, M. Pellerin s’est longuement interrogé sur l’attitude des gouvernements qui se refusent à soutenir l’agriculture à la hauteur des trésors publics étrangers, tels les États-Unis et l’Europe, laissant ainsi les agriculteurs d’ici très largement en reste par rapport à la concurrence étrangère.

Compte tenu de pareilles circonstances, le président de l’UPA se dit par ailleurs très préoccupé des négociations de l’OMC. « À quoi bon la libéralisation du commerce agricole, si c’est pour mettre davantage en compétition les agriculteurs du monde les uns avec les autres. En tant qu’agriculteur qui réclame un revenu décent pour le métier que j’exerce, de dire M. Pellerin, je ne vois pas en quoi je pourrais être fier de nouvelles pratiques commerciales qui auraient pour effet d’appauvrir des collègues d’autres pays qui ont droit autant que nous de réclamer une juste rétribution de leur travail! »

Il ne faut pas se surprendre, dans tout ce contexte, a expliqué, le président de l’UPA, si les producteurs agricoles ne se retrouvent pas dans des préoccupations ambiantes comme celles du récent rapport du BAPE qui recommandent un resserrement du cadre de leur pratique et qui propose des exigences qui vont venir ajouter à la charge des multiples contraintes qui pèsent déjà sur leurs épaules.

« Les producteurs agricoles, de déplorer M. Pellerin, doivent composer avec un des pires tableaux financiers de leur histoire, avec des situations de crise devenues quasi-chroniques (vache folle, chutes des prix dans les céréales, le porc, guerre des subventions, etc.), avec la menace de contraintes réglementaires plus resserrées, etc. Rien de plus normal qu’ils soient inquiets, voire désabusés, sinon désespérés pour certains. C’est leur gagne-pain qui est en cause. Le travail de toute une vie et leur avenir. »

La seule chose sur laquelle ils peuvent véritablement compter, c’est sur leur action collective. De tout temps, ils ont dû se battre pour arracher des améliorations pour l’exercice de leur profession. À l’heure où les chaînes d’alimentation et les grands de la transformation accumulent profits sur profits, à l’heure où le gouvernement envisage une « réingénierie » à la sauce libre marché, le président de l’UPA a fermement exhorté ses troupes à resserrer les rangs plus que jamais sur le sentier des nombreuses revendications qui les attendent.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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