La France sera « extrêmement ferme » à l’OMC

Paris (France) 8 novembre 2001 – Lionel Jospin a promis à la FNSEA une position « extrêmement ferme » de la France sur le dossier agricole, dans les négociations sur la libéralisation des échanges qui débutent vendredi à Doha, au Qatar, a indiqué l’entourage du Premier ministre.

Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, a pour sa part déclaré après une heure d’entretien avec Lionel Jospin que son organisation refusait que la réunion de Doha débouche sur une « mondialisation de la politique agricole commune » (PAC) européenne.

La position de la France a été arrêtée mercredi lors d’un conseil restreint qui a réuni, autour du président Jacques Chirac et de Lionel Jospin, les ministres concernés.

Selon son entourage, Lionel Jospin a dit à la délégation de la FNSEA que cette position serait « extrêmement claire et extrêmement ferme ».

« Il a déclaré que nous n’étions pas dans une situation où nous devions nous sentir en situation défensive par rapport aux autres pays mais plutôt dans une situation de fermeté mais relativement sereine », rapporte-t-on de même source.

« Nous avons fait plus d’efforts que bon nombre d’autres pays développés ou émergents », ajoute l’entourage de Lionel Jospin.

« Nos négociateurs européens ont des éléments pour bien tenir cette discussion. »

Un point de vue partagé par Jean-Michel Lemétayer, pour qui l’Union européenne a « de bons arguments » à faire valoir pour défendre son « modèle agricole ».

« Nous avons le gel des terres, nous avons des quotas dans le lait, dans le sucre, en matière viticole. Nous avons donc fait énormément d’efforts pour réguler les marchés non seulement sur le plan européen mais aussi sur le plan international », a-t-il dit. « Il est assez incroyable que ces efforts ne soient pas reconnus comme tels dans ces négociations internationales. »

La FNSEA juge inacceptables les propositions sur le volet agricole du texte du président du Conseil général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Stuart Harbinson, qui doit servir de base à la négociation.

Fermeté

Jean-Michel Lemétayer, qui se rend lui-même à Doha, au Qatar, dimanche, a notamment souligné que son organisation ne pouvait pas accepter l’ouverture substantielle des marchés agricoles qu’implique les propositions de Stuart Harbinson.

« Il faut préserver la préférence communautaire de façon à ce qu’on puisse continuer de développer notre modèle agricole, qui assure la présence des paysans sur l’ensemble du territoire », a-t-il dit. « Nous ne voulons pas d’une mondialisation de la PAC. Nous ne sommes pas opposés à l’Organisation mondiale du commerce mais nous sommes pour une mondialisation régulée et maîtrisée. »

« S’il doit y avoir un accord à Doha cet accord ne doit en aucun cas nous engager dans une future réforme de la PAC », a-t-il ajouté.

Lionel Jospin a souligné que la France et l’Union européenne devraient aussi être « fermes et exigeantes sur d’autres dossiers très importants », tels que l’environnement, la santé (les médicaments) et les aspects sociaux.

« Cette fermeté sur différents dossiers n’est pas une faiblesse pour l’agriculture », a-t-il cependant assuré, selon son entourage. « Elle sera vraie sur le chapitre agricole comme sur les autres. »

« L’agriculture ne sera pas la variable d’ajustement pour l’Union européenne (…) L’agriculture ne sera pas quelque chose qu’on céderait à la fin pour avoir gagné sur le reste », a-t-il ajouté selon la même source.

L’entretien, qui a duré plus d’une heure, était le premier entre Lionel Jospin et le nouveau président de la FNSEA, depuis que celui-ci a succédé à Luc Guyau.

Le ministre de l’Agriculture, Jean Glavany, et le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, François Huwart, qui est parti aussitôt après pour Doha, y ont participé.

Lionel Jospin avait reçu une délégation de Jeunes agriculteurs lundi et la Confédération paysanne mardi.

Source : Reuters

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