La Thaïlande protège jalousement son riz aromatique

Bangkok (Thaïlande), 1er novembre 2001 – Le riz jasmin de Thaïlande, variété la plus prisée parmi la production du premier exportateur mondial, est au centre de toutes les inquiétudes : les Thaïlandais soupçonnent les États-Unis de vouloir leur voler la céréale qui fait la fierté nationale.

Des écologistes et défenseurs du monde rural thaïlandais ont accusé un chercheur américain d’avoir chapardé des plants du riz aromatique dans le royaume avec le dessein d’en faire pousser aux Etats-Unis des variétés résistantes aux climats plus frais, et de menacer ainsi une des exportations vitales du royaume.

Des responsables politiques se sont aussi jetés dans la bataille, redoutant que le chercheur de l’Université de Floride au coeur de la tempête, Chris Deren, n’essaie de faire breveter le riz aux États-Unis, ce qui sonnerait le glas pour les exportations thaïlandaises dans ce pays.

« Le riz jasmin pour les Thaïlandais c’est comme le champagne Dom Perignon », a déclaré à l’AFP le sénateur Kraisak Choonhavan, « Si nous ne pouvons plus utiliser le nom de notre riz, nous sommes finis ».

La Thaïlande produit environ 3 millions de tonnes de riz jasmin –parmi 600 autres variétés– dont environ 1,3 million est exporté. Sur ce total, 300 000 tonnes sont achetées par les États-Unis.

Selon M. Kraisak, le projet du Pr Deren, chercheur financé par le Département américain de l’Agriculture, est de faire pousser sur des terres en Floride ce riz également appelé Khao Dok Mali 105, ou KDM 105.

Toutefois le chercheur américain a affirmé avoir obtenu des plants du riz le plus légalement possible, auprès de l’IRRI, l’Institut international de la recherche sur le riz basé à Manille, et dit qu’il n’avait pas l’intention de déposer une demande de brevet.

Boriboon Somrith, représentant de la Thaïlande auprès de l’IRRI, a indiqué à l’AFP que le Pr Deren avait écrit au centre pour expliquer qu’il « ne chercherait à obtenir aucune forme de droits de propriété intellectuelle pour protéger toute variété qui serait issue du KDM 105 ».

La Thaïlande a donné des échantillons du riz jasmin pour les chercheurs internationaux à l’IRRI dès 1962 et 22 pays en ont demandé des plants.

C’est une variété recherchée en raison de « la forme oblongue du grain, son arôme », explique M. Boriboon. Dans la région, le Vietnam et la Birmanie ont déjà cultivé cette variété, en lui donnant différents noms.

Des températures élevées à longueur d’année, la pluviosité importante et la qualité des sols font du nord-est du royaume la région la plus fertile au monde pour ce riz.

Premier exportateur mondial, la Thaïlande est en passe d’engranger des exportations record de 6,8 millions de tonnes de riz cette année.

Preuve de son inquiétude, la Thaïlande a envoyé cette semaine à Washington un responsable du ministère de l’agriculture et à Manille une équipe qui doit se rendre à l’IRRI.

L’ambassade des Etats-Unis à Bangkok a indiqué que des experts à Washington « enquêtaient sur l’affaire et tentait de savoir comment le chercheur américain avait obtenu les plants ».

Diverses organisations non-gouvernementales (ONG) ont exprimé leur préoccupation. « On veut voler l’héritage des fermiers thaïlandais », a estimé Witoon Lanchamroon, directeur du groupe de protection de l’environnement BioThai.

« Nous en faisons une question politique, parce que le riz au jasmin appartient aux cultivateurs thaïlandais et des millions de paysans ne cultivent que le riz jasmin », a-t-il expliqué.

Cette bataille n’est pas sans rappeler celle de l’Inde, autre grand producteur de riz, qui avait réussi, en août, à empêcher une compagnie américaine d’utiliser la fameuse appellation de basmati.

Source : AFP

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