Le riz transgénique bientôt à la base de l’alimentation des Chinois

Pékin (Chine), 26 novembre 2004 – Avec l’introduction à grande échelle du riz transgénique en Chine, peut-être dès l’an prochain, un organisme génétiquement modifié (OGM) servira pour la première fois d’aliment de base à des centaines de millions de personnes.

Selon ses promoteurs, ce riz, auquel a été ajouté un gène produisant la toxine Bt, dispensera les agriculteurs de l’usage de pesticides dangereux pour la santé et l’environnement, allègera leur travail et permettra un meilleur rendement.

Ses détracteurs soulignent que ses effets à long terme sur la santé humaine n’ont pas été étudiés et craignent des mutations génétiques rendant plus résistantes les insectes et les mauvaises herbes.

« Il est très probable que le riz génétiquement modifié sera introduit en Chine l’an prochain. Le ministère de l’Agriculture va organiser très bientôt une réunion du comité sur la bio-sécurité sur ce sujet », selon Xue Dayuan, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement basé à Nankin (est).

Depuis la fin des années 90, la Chine a mobilisé d’importants moyens pour la recherche et le développement des OGM. « A l’heure actuelle, nous menons des expériences, en général sur 0,3 hectare, parfois davantage, impliquant un grand nombre de variétés de riz », explique Zhu Zhen, professeur à l’Institut de génétique et de biologie du développement de l’Académie des sciences.

Selon lui, « les résultats sont positifs » et le riz Bt « particulièrement efficace contre les papillons et les papillons de nuit, qui sont les principaux insectes nuisibles ».

Lors des essais menés sur une période de un à deux ans, « la biodiversité a augmenté », notamment grâce à une présence accrue des ennemis naturels de certaines espèces nuisibles, souligne M. Zhu.

Tous les scientifiques ne partagent pas son optimisme. « Le riz transgénique tue les insectes qui le mangent. Mais on ne connait pas les conséquences sur les autres espèces », relève Xue Dayuan.

Dans le cas du coton Bt, introduit en Chine il y a six ans et aujourd’hui cultivé sur plus de moitié des surfaces, « un problème fréquent est celui d’insectes qui étaient des nuisibles secondaires et qui sont devenus le nuisible principal », selon ce scientifique.

Des expériences effectuées sur les rats auraient prouvé l’inocuité de la consommation de riz génétiquement modifié. Mais M. Xue relève que « l’expérience n’a été conduite que sur une période de trois mois » et que « les effets de l’ingestion de riz transgénique ne sont peut-être pas repérables au bout d’une période si courte ».

Une fois obtenu le feu vert du gouvernement, les licences de production devraient être rapidement accordées et « les choses pourraient aller très vite », estime Sze Pang Cheung, un des représentants de Greenpeace à Pékin.

Selon l’organisation écologiste, l’introduction des OGM à grande échelle est un processus irréversible, une véritable « bombe à retardement », avec des effets incontrôlables sur l’environnement et la santé.

« Le coton Bt a d’abord été commercialisé dans deux provinces en 1998. Il n’y a eu aucun moyen de bloquer sa progression. Les paysans échangent les semences, les transportent d’un endroit à l’autre », explique M. Sze.

La volonté des pouvoirs publics de rentabiliser l’investissement réalisé, le prix beaucoup plus élevé des semences transgéniques ainsi que les collusions d’intérêt, nombreuses en Chine, devraient également favoriser la diffusion rapide du riz Bt.

« Un scientifique du comité pour la bio-sécurité a dans le même temps demandé une licence pour commercialiser du riz transgénique », affirme M. Sze.

Les promoteurs des cultures transgéniques et le gouvernement sont soucieux d’éviter toute mauvaise publicité, afin de ne pas répéter le fiasco du tabac transgénique produit au début des années 90, qui avait conduit Philip Morris a arrêter ses commandes en Chine, par crainte des réactions de l’opinion publique internationale. L’expérience avait été interrompue.

Mais la Chine n’exporte que 1% du riz qu’elle produit, et il n’est pas sûr que les consommateurs chinois seront informés du contenu de leur bols.

Source : AFP

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