Les agriculteurs européens critiquent la nouvelle PAC

Paris (France), 26 juin 2003 – Les dirigeants de l’Union européenne se sont félicités de l’accord sur la réforme de la Politique agricole commune, qui est en revanche vivement critiqué par les agriculteurs concernés.

Le gouvernement français estime que l’accord intervenu à Luxembourg, « maintient les enveloppes budgétaires consacrées à l’agriculture française » et préserve « les principes essentiels de la politique agricole commune » (PAC).

En visite à Berlin, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est réjoui du rôle joué par « l’entente franco-allemande » dans le compromis conclu à Luxembourg.

« Tout ceci, nous le devons à une progression manifeste de la compréhension entre les ambitions françaises et les ambitions allemandes, les difficultés françaises et les difficultés allemandes et à une capacité de travailler ensemble et de définir ensemble des perspectives », a-t-il dit.

La Grande-Bretagne a de son côté jugé que l’accord de Luxembourg constituait un véritable changement dans la stratégie agricole de l’Europe, tandis que l’Irlande y a vu un gage de stabilité et et de sécurité pour les agriculteurs.

A Genève, le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Supachai Panitchpakdi a estimé que les décisions prises par les Quinze auraient un « effet positif » sur le volet agricole des négociations commerciales mondiales.

Le cycle actuel des négociations commerciales mondiales sous l’égide de l’OMC, le cycle de Doha, bute notamment sur le démantèlement des entraves à la circulation des produits agricoles et sur l’accès des pays en développement au médicament.

« Un abandon de la PAC »
En revanche, du côté des organisations agricoles, la déception voire la colère pointaient.

Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, la principale confédération française, s’est dit « profondément déçu ».

« C’est un abandon de la PAC car chaque Etat membre va pouvoir appliquer ces décisions avec beaucoup de liberté (…) Il n’y a donc plus de ce fait de véritable PAC », a-t-il déploré.

Le président de la FNSEA a estimé qu’« il y a néanmoins un certain nombre de points positifs: pas de baisse du prix des céréales – même si on n’a pas évité la baisse du prix du lait – et une possibilité de n’appliquer certaines mesures qu’à partir de 2007 ».

Il a également souligné que cette nouvelle politique mènerait à de nombreuses pertes d’emploi dans le secteur agricole mais a déclaré qu’il était trop tôt pour les chiffrer.

Son prédécesseur à ce poste, Luc Guyau, aujourd’hui président de l’assemblée permanente des chambres d’agriculture, a lui aussi dénoncé l’accord et affirmé que le gouvernement devait en « assumer toute la responsabiité ».

« L’accord qui vient d’être conclu est lourd de conséquences pour l’avenir de l’agriculture et pour la place des agriculteurs dans notre société », a-t-il dit.

En Allemagne, le président du syndicats des exploitants agricoles (DBV), Gerd Sonnleiter, a jugé que ce compromis constituait « un fardeau énorme pour l’Allemagne et les agriculteurs européens ».

Mais les critiques les plus acerbes sont venus des organisations non gouvernementales sur le développement des pays du tiers monde.

« Ce compromis est un échec total pour les pays pauvres de la planète. Les Etats membres (de l’UE) ont ajouté une pléthore de restrictions et de clauses de sortie, notamment en occultant entièrement la grave question du dumping laitier imposé par l’UE aux pays pauvres », a ainsi estimé Oxfam.

Source : Reuters

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