La fermeture des restaurants fait plus mal que prévu

Le président de l’UPA, Marcel Groleau, ne pensaient pas au début de la crise de la COVID-19 que le secteur de la restauration aurait un tel impact

À la mi-mars, au début de la crise de la COVID-19, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, ne s’attendait pas à un tel impact du secteur des HRI : hôtels, restauration et institution.

C’est ce qui a le plus affecté les producteurs agricoles depuis le début de la crise. « C’est 30% des marchés », explique en entrevue Magali Delomier, directrice aux affaires publiques et syndicales à l’UPA.

Dans une vidéoconférence organisée par les Éleveurs d’ovins du Québec le jeudi 21 mai dernier, Marcel Groleau a fait le tour des impacts de la COVID-19 sur les différents secteurs agricoles québécois.

« Je m’attendais à ce que ce qui était dirigé vers les HRI serait vendu en épicerie », dit-il.

Pour aider les producteurs agricoles affectés par les HRI, l’UPA travaille à rendre disponible les produits habituellement écoulés dans les restaurants dans les épiceries et les boucheries.

Un projet de portes ouvertes virtuelles est aussi en préparation en remplacement de la journée portes ouvertes sur les fermes qui a été annulée en raison de la pandémie.

Voici les impacts de la COVID-19 dans les différents secteurs agricoles :

Agneau

Après avoir raté l’occasion de la fête de Pâques, l’agneau bénéficie d’un bon achat du côté des fêtes du Ramadan. Toutefois, les ventes dans le secteur de la restauration ne sont plus présentes, ce qui fait craindre le pire pour l’après Ramadan.

Bovins

Le veau de lait et le veau de grain souffrent de la fermeture du secteur des HRI. Le veau de lait est beaucoup exporté vers les États-Unis où il est servi sur les tables des restaurants, mais ceux-ci sont fermés depuis la COVID-19. Les stocks de viande de veau s’accumulent dans les congélateurs.

La plupart des bouvillons du Québec sont expédiés à l’abattoir de Guelph qui n’a pas fermé comme en Alberta. La situation est quand même encourageante, mais les habitudes de consommation ont changé. Le bœuf haché est prisé des consommateurs au détriments des pièces plus nobles.

Porc

Les Éleveurs de porcs du Québec se préparent activement à l’audience devant la Régie des marchés agricoles qui a lieu les 28 et 29 mai. Olymel conteste la convention de mise en marché en vigueur depuis l’an dernier. Cette convention octroie un prix aux producteurs basé sur la valeur de la carcasse au lieu du prix à la bourse. David Duval explique que tous les arguments sont étudiés. « Cette formule est importante. Elle le sera toujours parce qu’elle nous permet de rencontrer nos coûts de production », a-t-il dit. De son côté, Olymel plaide l’augmentation de ses coûts depuis le début de la crise. À noter aussi que le nombre de porcs en attente tarde à revenir à la normale suite à la fermeture et la réouverture de l’abattoir de Yamachiche.

Autre élément qui préoccupe les Éleveurs de porcs: le refus d’un abattoir de recevoir les porcs qui lui sont assignés. L’organisation a déposé une demande d’ordonnance devant la Régie des marchés agricoles.

Œufs et volaille

La fermeture des HRI a représenté une perte de marché de 15% pour la volaille et les œufs. Les poules ont été réformées plus tôt que prévu alors que des œufs d’incubation ont dû être détruits et des poussins euthanasiés pour ralentir la production. La gestion de l’offre prévoit une stabilisation de la production en fonction de la demande. Les prix devraient donc se stabiliser.

Lait

En début de crise, du lait a été jeté et depuis, il y a eu coupe de quota. « Les producteurs ont été très disciplinés, dit Marcel Groleau. Ils ont fait beaucoup d’efforts pour réduire la production. » Le prix du lait d’avril a chuté de 10%, ce qui se reflète sur la paye du 15 mai. Bonne nouvelle : il n’y a plus de lait jeté.

Maraîcher

Le manque de main d’œuvre a créé beaucoup d’anxiété chez les producteurs maraîchers. Un grand nombre de travailleurs étrangers arrivent en mai et juin pour les récoltes hâtives. Actuellement, sur les 12 000 qui doivent arriver durant cette période, seulement 5000 sont en sol québécois. Il faut ajouter le fait qu’ils doivent respecter une quarantaine de 14 jours.

Grains

L’éthanol et les subventions américaines causent des casse-têtes aux producteurs de grains. Les ventes d’essence ont chuté drastiquement en raison du confinement, ce qui a eu un impact sur les besoins en éthanol. « Aux États-Unis, c’est 20% du maïs qui va à l’éthanol, explique Marcel Groleau. Si le maïs de l’éthanol s’en va vers l’alimentation animale, il y aura une baisse du prix du maïs et des autres céréales. »

Les États-Unis ont donné 19 milliards de dollars en subventions au secteur agricole récemment dont plusieurs milliards au secteur des céréales. « Ça n’incitera pas les producteurs américains à diminuer leur ensemencement ou à revoir leur plan de culture », déplore Marcel Groleau.

L’effet sur les prix est limité pour l’instant, mais dès le début de la prochaine récolte à l’été et à l’automne, l’effet pourrait être important.

Marchés de proximité

Les producteurs qui font de la vente en ligne font de très bonnes affaires actuellement. « Donc l’intérêt des Québécois pour s’approvisionner localement, même à la ferme, est réel, dit Marcel Groleau. La campagne “Mangeons local plus que jamais !” a été un grand succès. Les fermiers de famille ont des abonnements comme jamais. Alors l’appel du premier ministre a été entendu. Aussi les chaînes de supermarchés font vraiment des efforts pour offrir des produits québécois. »

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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