L’herbe des prairies naturelles pour augmenter la productivité

Ottawa (Ontario), 7 février 2003 – « Ils passent le plus gros de leur temps à examiner leurs méthodes afin d’augmenter la productivité », de dire Mme Gerry Oliver.

Elle ne parle pas, comme on pourrait le croire, d’usines ou d’industries, mais d’agriculteurs et d’éleveurs des Prairies. Écologiste, Mme Oliver collabore avec les agriculteurs et les éleveurs du sud du Manitoba. Elle veut préserver l’herbe des prairies naturelles et même en favoriser l’expansion. C’est de propos délibéré qu’elle parle de conservation en termes d’affaires.

Affirmant que la prairie « touche son âme », Mme Oliver veut la payer de retour. Mais c’est parce qu’elle a travaillé si étroitement avec les agriculteurs, à la faveur de son projet de bénévolat connu sous le nom de Programme d’intendance de la prairie mixte, qu’on lui a remis le prix Paysage agricole canadien.

En février 2000, le Fonds canadien d’adaptation et de développement rural (FCADR) d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a consacré 600 000 dollars sur quatre ans au programme de reconnaissance Paysage agricole canadien, assorti d’un prix du même nom. Par ce programme, Habitat faunique Canada, en collaboration avec la Fédération canadienne de l’agriculture, honore les agriculteurs et les éleveurs de tout le Canada pour leurs efforts exemplaires dans l’intendance de l’environnement. On récompense ainsi les propriétaires fonciers qui conservent l’habitat faunique, plantent des arbres ou des végétaux qui procurent nourriture et abri à la faune, installent des nichoirs sur leurs propriétés ou, par d’autres moyens, trouvent le juste milieu entre l’agriculture profitable et l’aménagement durable des ressources.

La viabilité de l’environnement, notion clé du programme de reconnaissance Paysage agricole canadien et élément clé du FCADR (dont l’enveloppe est de 60 millions de dollars par année) est également à la base d’une nouvelle orientation : le Cadre stratégique pour l’agriculture. Élaboré conjointement par les ministres fédéral, provinciaux et territoriaux de l’Agriculture, ce dernier vise à tirer parti des initiatives telles que le programme Paysage agricole canadien pour améliorer de façon appréciable la qualité de l’air, de l’eau et des sols ainsi que rendre plus compatibles la biodiversité et l’agriculture.

« Nous encourageons les éleveurs à utiliser les pâturages naturels plutôt qu’à les convertir au fourrage cultivé, solution qui, au bout du compte, pourrait ne pas être aussi économiquement viable ou productive, d’affirmer Mme Oliver. Nous essayons de leur inculquer que ces végétaux indigènes leur servent à quelque chose. »

De fait, la prairie naturelle est constituée de plus de 30 espèces d’herbes, que des milliers d’années de sélection naturelle ont adaptées de façon idéale au sol léger et sablonneux de la région. Mais les éleveurs ont eu tendance à remplacer la prairie naturelle par du fourrage cultivé et ils ont introduit des herbes et d’autres végétaux possédant les qualités précises qu’ils recherchaient, comme une repousse rapide ou la capacité de survivre aux inondations. L’idée semblait bonne, mais ces végétaux introduits possèdent de nombreux inconvénients intrinsèques : souvent, ils ne durent pas toute la saison de croissance ; ils possèdent moins de variété que les plantes indigènes, ce qui signifie qu’ils épuisent les nutriments du sol plus rapidement ; ils offrent une défense moindre contre l’érosion et contre la contamination de l’eau.

Originaire d’Ottawa, Mme Oliver vit cependant depuis plus de 25 ans dans les Prairies. Son projet Programme d’intendance de la prairie mixte, basé au Centre Seton, vise à sensibiliser les propriétaires de prairies naturelles aux avantages économiques et environnementaux du maintien en l’état de ces formations végétales. Il est facile de les en convaincre. Les agriculteurs n’ont généralement qu’à apporter des modifications mineures à leurs méthodes de gestion des terres pour tirer le maximum de leurs prairies naturelles.

« C’est très simple. Il peut suffire d’éloigner le sel des sources d’abreuvement, pour que les bovins utilisent la prairie (de façon plus égale) plutôt que de se rassembler toujours dans le même secteur, dit-elle. Certains éleveurs doivent diviser jusqu’à un quart de section de pâturage en différentes zones dans lesquelles ils déplaceront leurs bovins, ce qui accordera aux autres sections une période repos durant la saison de croissance. »

« La période de croissance est la clé, explique-t-elle. Nous allons essayer d’imiter l’évolution des herbes soumises au pâturage et à l’incendie. En insérant une période de repos dans la saison de pâturage, c’est un peu comme si un troupeau de bisons y pâturait de façon intensive, puis allait ailleurs. »

Heureuse que son programme ait obtenu le prix Paysage agricole canadien, Mme Oliver a tôt fait d’accorder le mérite aux propriétaires fonciers.

« Tous les agriculteurs que je visite sont désireux de survivre : les facteurs économiques sont donc prédominants. Mais ils sont au courant des préoccupations pour l’environnement, et la plupart les partagent eux-mêmes. Ils veulent s’y prendre de la bonne façon », dit-elle.

Mme Oliver fait partie des 16 personnes et organismes qui, dans tout le Canada, ont été reconnus cette année par le programme Paysage agricole canadien. Ils ont reçu une estampe encadrée, à tirage limité, de « The Awakening », peinture de l’artiste du monde agricole Antony John montrant le besoin de compréhension, de soins, y compris d’intendance, pour être en harmonie avec la nature.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada
http://Aceis.AGR.CA/

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