L’UPA en appelle à une véritable politique de développement durable en agriculture

Longueuil (Québec), 11 avril 2005 – « C’est d’une véritable politique de développement durable en agriculture que le Québec a besoin, et pas seulement d’une approche réglementaire. Nous devons travailler au développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement, certes, mais orientée prioritairement vers l’atteinte d’objectifs mesurables et auxquels auront adhéré les producteurs agricoles et l’ensemble des partenaires concernés. »

C’est en ces termes que le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, a conclu son intervention lors des consultations publiques du ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, M. Thomas Mulcair, tenues aujourd’hui à Longueuil.

« Avec une concertation entre les agriculteurs et les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, jumelée à une volonté commune, une vision solidaire et une cohésion parfaite des actions proposées, nous atteindrons des résultats encore plus tangibles », poursuit le président de l’UPA, qui rappelle du même souffle que les producteurs n’ont pas attendu la présente consultation pour faire du développement durable.

En effet, l’UPA adoptait dès 1994 une stratégie agroenvironnementale et dressait, quatre ans plus tard, le premier portrait environnemental des fermes québécoises, bilan étoffé de la situation qui aura permis de déterminer les priorités d’intervention pour les années à venir. Un bon nombre d’entre elles ont d’ailleurs été reprises dans le plan d’action « Un environnement à valoriser 1998-2005 » réunissant plusieurs partenaires du milieu agricole, gouvernemental, environnemental et de la recherche.

C’est un virage important que l’agriculture aura connu au cours des dix dernières années. À preuve, un sondage sur les pratiques agroenvironnementales des fermes du Québec, effectué à l’automne 2003 et à l’hiver 2004 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) en collaboration avec l’UPA, indique que d’importantes améliorations ont été réalisées en conformité avec les objectifs du plan d’action « Un environnement à valoriser ». Voilà qui témoigne de la volonté indéniable des agricultrices et agriculteurs de se prendre en main.

« Or, plutôt que d’encourager les initiatives du monde agricole et de reconnaître les gains obtenus, les seuls signaux reçus ces dernières années du gouvernement s’avèrent des règlements improvisés et parfois contradictoires », de déplorer M. Pellerin qui constate que, depuis 1996, la réglementation visant les exploitations agricoles a été modifiée tous les ans. « Initialement, elle donnait aux agriculteurs un horizon connu jusqu’à 2010. Mais dans un contexte où les règles du jeu se transforment constamment, comment peut-on faire preuve de vision et parler de développement durable? » de poursuivre le président de l’UPA.

Force est de constater que les différents gouvernements successifs n’ont que très partiellement accordé les aides promises. Des 239 M$ prévus par le gouvernement actuel dans le programme Prime-Vert pour la période 2003-2008, soit l’équivalent de près de 50 M$ par année, le MAPAQ n’a disposé que de 15,1 M$ pour l’exercice 2003-2004 et de 27 M$ pour 2004-2005. En n’ajustant pas les moyens à la hauteur de ses ambitions en matière environnementale, l’État précarise les agriculteurs québécois alors que ceux-ci doivent assurer leur efficacité dans un marché toujours plus compétitif, tout en étant assujettis à l’une des réglementations les plus exigeantes dans le monde.

« D’abord, dans l’avenir, il faut ensemble convenir que toute réglementation doit être orientée vers l’atteinte de gains environnementaux et non se restreindre à prescrire des façons de faire, parfois inadaptées à la réalité agricole, de plaider le président de l’UPA. C’est ainsi que les agriculteurs et agricultrices poursuivront la mise en oeuvre de pratiques plus respectueuses de l’environnement, comme ils l’ont entrepris voilà plus de dix ans. »

La seule approche environnementale prometteuse pour le monde agricole, laquelle d’ailleurs avait reçu l’appui du gouvernement, est celle « ferme par ferme », qui consiste à intervenir directement auprès de certaines exploitations problématiques; elle contribue alors à responsabiliser chaque entreprise à la gestion de ses effluents d’élevage plutôt que de pénaliser l’ensemble des producteurs. Or, le Ministère semble ressusciter ses vieux réflexes en réglementant à nouveau sur une base territoriale. Le décret adopté en décembre dernier, prolongeant le moratoire en production porcine dans 228 municipalités et interdisant l’accroissement des superficies en culture dans 567 d’entre elles, va directement à l’encontre de l’esprit initial du REA, ce qui constitue, selon le président de l’organisation agricole, un pas dans une bien mauvaise direction.

Comme le ministre l’affirme dans son document de consultation, une démarche de développement durable est généralement basée sur des objectifs clairs, mesurables et actualisés. « C’est également ce que croient les agriculteurs et agricultrices du Québec. La stratégie agroenvironnementale dont ils se sont dotés l’illustre pleinement, les réalisations tangibles, les gains mesurables en font foi. Alors à quand une véritable politique de développement durable en agriculture en partenariat avec le gouvernement? » de conclure M. Pellerin.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)
http://www.agr.gouv.qc.ca/

Ministère de l’Environnement du Québec
http://www.menv.gouv.qc.ca

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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