Malgré la controverse, les OGM gagnent du terrain aux États-Unis

Washington (États-Unis), 13 juillet 2001 – Objets de suspicion en Europe et au Japon, les organismes génétiquement modifiés (OGM) rencontrent un succès grandissant auprès des agriculteurs américains, notamment pour ce qui est de la culture du soja.

Pas moins de 68% du soja cultivé cette année aux Etats-Unis, soit plus de 20 millions d’hectares, est génétiquement modifié, contre 54% il y a un an, selon une étude du département de l’Agriculture. Cette hausse dépasse les prévisions du ministère américain, qui escomptait en mars une progression à 63% pour 2001.

Par ailleurs, la part du coton transgénique est passée de 61% l’an dernier à 69% cette année, soit un total de 4,4 millions d’hectares. L’augmentation est moins sensible pour le mais génétiquement modifié, qui gagne seulement un point à 26%.

« Nous avons un produit qui est sûr, bon pour l’environnement et qui nous permet d’être plus efficace », affirme Tony Anderson, un agriculteur de Mount Sterling (Ohio), président de l’Association américaine de soja (ASA).

Le soja transgénique contient un gène qui le rend résistant à un puissant herbicide, commercialisé sous le nom de Roundup. Dans certains cas, une seule vaporisation de l’herbicide suffit pour toute une saison. En revanche, des champs ensemencés en variétés traditionnelles peuvent exiger de nombreuses interventions avec différents types d’agents chimiques.

Dans quatre Etats, plus des trois quarts du soja cultivé cette année est transgénique. Il s’agit du Kansas, du Dakota du Sud, de l’Indiana et du Nebraska. En Louisiane, plus de 90% du coton cultivé en 2001 est génétiquement modifié. Les variétés populaires de coton manipulé génétiquement sont résistantes au Roundup ou produisent leur propre insecticide. Plus de la moitié du mais transgénique possède cette seconde caractéristique.

« Je sens un grand optimisme pour l’avenir des OGM », analyse Konstantinos Giannakas, économiste agricole à l’Université du Nebraska, qui estime que les agriculteurs se soucient moins des réticences des consommateurs.

Toutefois, selon une étude à paraître cet automne, la commercialisation d’autres cultures transgéniques a été ralentie aux Etats-Unis par la controverse autour des OGM. Les agriculteurs ont boudé des variétés génétiquement modifiées de betteraves, de pommes de terre et de mais, en raison des réticences de l’industrie agroalimentaire à les acheter, précise une étude du Centre national américain pour la politique alimentaire et agricole. On note par ailleurs une forte résistance aux OGM en Europe et au Japon.

L’industrie des biotechnologies a été embarrassée par l’affaire StarLink, qui a éclaté l’an dernier aux Etats-Unis. Cette variété de mais transgénique a été retrouvée dans des produits alimentaires alors qu’elle n’avait pas été validée pour la consommation humaine. Des consommateurs se sont plaints de réactions allergiques qui, selon eux, ont été provoquées par StarLink. L’OGM a été retirée du marché.

L’avenir des semences génétiquement modifiées passe par la mise au point de variétés qui apporteront des bienfaits au consommateur, comme des compléments nutritionnels, affirme M. Giannakas. « Pour voir une croissance dans ce secteur, il faut stimuler la demande. Cela ne se produira que si les consommateurs y trouvent leur compte. »

Reste que de nombreuses voix appellent à la vigilance face aux OGM. Greenpeace juge ainsi « prudent de ne pas autoriser leur dissémination commerciale ». « Nous restons particulièrement préoccupés par les répercussions sur l’environnement, les risques en matière de santé publique et les implications socio-économiques sur l’agriculture en France et dans le monde », souligne le groupe écologiste sur son site Internet.

En France, l’organisation demande notamment un étiquetage plus clair sur la présence d’OGM dans les produits alimentaires, prenant en compte les additifs et autres émulsifiants à base d’ingrédient transgénique, « qui représentent environ 80% des aliments contentant des OGM. »

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

American Soybean Association

http://www.soygrowers.com/

Greenpeace Canada

http://www.greenpeacecanada.org/

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