OGM autorisés au Brésil: la France maintient ses importations

Paris (France), 28 septembre 2003 – L’importation en France de soja brésilien garanti non OGM, démarrée en 2000 à la demande du groupe Carrefour, devrait se poursuivre malgré la décision du Brésil d’autoriser la production transgénique, mais les contrôles devront être encore plus stricts.

« Nous allons maintenir cette filière au Brésil, car elle s’effectue sur des champs, des usines et des entrepôts distincts, mais peut-être en déplaçant des bassins de production plus au nord du pays, où il existe moins de production OGM donc moins de risques de contamination fortuite », ont indiqué à la fois Carrefour et son importateur principal de soja non OGM, le groupe Soules-Caf.

En 1999-2000, une filière non-OGM unique en son genre s’est mise en place au Brésil, sous l’impulsion de Carrefour qui voulait que les producteurs de poules, d’oeufs et de porcs qui le fournissent (en produits sous marque Carrefour) alimentent leurs animaux sans OGM.

Carrefour a donc demandé à un importateur, Soules-CAF, de pousser les opérateurs brésiliens à installer tout un circuit séparé.

« Il nous a fallu des champs dédiés, des usines de triturations dédiées, des silos dédiés, des entrepôts dédiés dans les ports brésiliens et des cellules dédiées dans les bateaux, a expliqué Lionel Desencé, l’expert OGM de la direction qualité de Carrefour.

« Nous avions choisi le Brésil en 1999 car les OGM y étaient interdits et Carrefour bien implanté », a-t-il ajouté. Les deux autres producteurs mondiaux de soja, les USA et l’Argentine, sont en majorité avec OGM.

« Avec la levée de l’interdiction, il y aura des contaminations plus faciles, non pas par pollinisation des champs voisins — le soja est une plante auto-féconde — mais par de possibles présences fortuites dans les camions ou les bateaux », a souligné M. Desencé.

Mais il n’est pas question pour Carrefour, ni pour le groupe Soules-Caf qui parie sur ce type de produits, d’interrompre ce circuit très contrôlé.

Les produits subissent six tests, réalisés par des auditeurs indépendants: sur les semences, dans les champs, sur les graines à l’entrée de l’usine de trituration, sur les tourteaux (farines) à la sortie de l’usine, dans les entrepôts des ports brésiliens et des ports français, a-t-il expliqué.

Il faut en particulier laver soigneusement les équipements qui ne sont pas exclusivement dédiés aux produits non OGM: les camions et les « cellules » (compartiments) des bateaux. Carrefour indique avoir « beaucoup investi » pour aider à créer cette filière « ségréguée ».

Carrefour exige que son soja comporte moins de 0,5% de produits OGM en contamination fortuite. Cette exigence permettra à ce soja « tracé-testé » de répondre à la nouvelle législation européenne qui demande pour les produits étiquetés non-OGM moins de 0,9% de contamination fortuite.

Au total environ 250.000 tonnes de ce soja non-OGM est importé en France chaque année, dont 180.000 acheté par les fournisseurs de Carrefour, sur les 4,9 millions de tonnes de soja importées en France, précise Carrefour. D’autres fabricants d’alimentation animale achètent aussi ce soja non-OGM.

Ce soja est vendu 14 euros la tonne de plus que le cours mondial, qui fluctue de 150 à 250 euros la tonne (soit 7% de prime environ).

Ce n’est pas Carrefour qui paie le supplément: ce sont ses fournisseurs, priés d’acheter ce soja au lieu du soja standard, sachant que le soja, riche en protéines, représente environ 20% de l’alimentation des volailles et porcs.

Mais Carrefour dit acheter leur production « un peu plus cher » que la normale, sans pour autant le répercuter au consommateur.

Au final le surcoût du soja non transgénique représente 1% à 2% du prix au consommateur pour les oeufs et viandes de volaille et porc.

Source : AFP

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