OGM-Citoyens et experts veulent plus de transparence

Toronto (Ontario), 17 février 2001 – Des scientifiques et des membres de la communauté civile s’inquiètent du manque de transparence du gouvernement canadien, qui serait trop réceptif aux pressions de l’industrie sur les procédures de contrôle des nouveaux produits.

« La culture du secret semble être un vrai problème au sein de Santé Canada », a dit le Dr Margaret Haydon, qui travaille pour le ministère depuis 1983.

Haydon est l’une des deux scientifiques qui ont contesté cette semaine la bonne foi de l’embargo imposé par le Canada sur le boeuf brésilien. Elle a déclaré publiquement qu’Ottawa n’avait pas de raison valable de soupçonner le cheptel brésilien, qui n’a jamais connu de cas de maladie de la vache folle, et a suggéré que cette interdiction était une tactique de guerre commerciale liée au bras de fer que se livrent les avionneurs des deux pays.

Haydon avait déjà fait la chronique en 1998 lorsqu’elle avait été bâillonnée par Santé Canada après avoir dénoncé publiquement les pressions qu’elle avait subies pour approuver la commercialisation d’un médicament d’une qualité suspecte. Une cour fédérale s’est prononcée en sa faveur en septembre 2000.

« La cour a dit que nous, en tant qu’employés de l’Etat, avons une obligation de parler lorsque la santé, la sécurité et le bien-être de la population sont en jeu », a-t-elle dit à Reuters.

Haydon a dit que le ministère l’avait rappelé à l’ordre à la suite de ses commentaires cette semaine sur le boeuf brésilien et qu’elle risquait de perdre son emploi, mais elle a tout de même accepté de participer à une conférence, vendredi à Ottawa, sur les aliments génétiquement modifiés.

« Je suis très inquiète. C’est une situation qui se perpétue depuis plusieurs années », a-t-elle dit à Reuters.

Ces problèmes de transparence ont été soulignés par un rapport de la Société royale du Canada publié ce mois-ci et recommandant au gouvernement de renforcer le processus de certification des organismes génétiquement modifiés (OGM) en permettant la révision des tests par des experts indépendants.

« Nous ne pouvons pas dire si (les produits sur le marché) sont sécuritaires parce que nous ne pouvons pas vérifier s’ils ont été testés correctement », a dit Conrad Brunk, un professeur de l’Université de Waterloo à la tête de l’équipe de 15 experts qui ont rédigé le rapport.

A l’heure actuelle, les tests sont menés par les compagnies elles-mêmes et sont confidentiels, ce qui empêche toute révision par des scientifiques indépendants, a-t-il dit.

Haydon a résumé la situation de façon plus directe: « Nos citoyens sont utilisés comme des cobayes, surtout lorsqu’ils ne savent pas ce qui se trouve dans leur nourriture parce qu’il n’existe pas d’étiquetage (des aliments contenant des OGM) », a-t-elle déclaré.

Ces mêmes inquiétudes ont poussé un groupe de Montréalais à à coller en mai dernier des étiquettes mettant en garde les clients d’un supermarché du centre-ville conte la présence possible d’OGM dans des boîtes de maïs.

« On n’est pas anti-OGM. On est juste pour la prudence et contre le profit à court terme et à tout prix », a dit Martin Petit, du groupe « d’étiquetage volontaire collectif », à la suite de sa comparution en cour cette semaine pour des inculpations de méfait et de voies de fait par intrusion.

Petit accuse les compagnies de biotechnologie d’avoir effectué des pressions sur le gouvernement pour forcer la commercialisation rapide de leurs produits et éviter ainsi un débat public sur les OGM.

« Le débat des OGM n’est pas seulement un débat d’étiquette. Il y a un volet complet qui a été volontairement occulté par le gouvernement, celui du brevetage du vivant », a dit Petit.

Admirateur de José Bové, cet agriculteur français qui a défrayé la chronique en s’opposant à ce qu’il décrit comme la « malbouffe » distribuée par l’industrie agro-alimentaire, Petit souhaite un moratoire complet sur tous les OGM jusqu’à ce que toute preuve de danger soit écartée.

Mais Petit dit que les « campagnes de salissage » menées contre les scientifiques qui, comme Haydon, osent dénoncer publiquement la nocivité de certains produits, ne laisse pas le choix aux citoyens inquiets de ce qui se trouve dans leur assiette.

« C’est clair qu’il va falloir que la population civile s’en mêle pour remettre en question le pouvoir incroyable des multinationales qui influencent tellement ce qui se passent dans les cabinets gouvernementaux. »

Source : Reuters

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Santé Canada

http://www.hc-sc.gc.ca

Société Royale du Canada

http://www.rsc.ca/

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