Passer à l’éthanol de seconde génération

Cela fait des années qu’on parle d’éthanol de seconde génération, mais à ce jour, encore aucune usine n’en produit à l’échelle industrielle. Se pourrait-il que ce soit au Québec que ce grand pas se franchisse pour la première fois?

Le directeur général de l’usine d’Éthanol GreenField à Varennes, Jean Roberge, a longuement réfléchi aux moyens pour enfin aller de l’avant avec la production d’éthanol de seconde génération. Il a partagé sa vision lors du Rendez-vous végétal, à Drummondville en février dernier.

Jean Roberge, directeur général de l'usine d'Éthanol GreenField à Varennes. PHOTO : André Dumont

Jean Roberge, directeur général de l’usine d’Éthanol GreenField à Varennes. PHOTO : André Dumont

L’éthanol de seconde génération pourrait être de l’éthanol cellulosique, obtenu à partir de la cellulose et de la lignine de matière organique comme des tiges de maïs ou du bois. À Varennes, on mise plutôt sur la thermochimie telle que développée par Enerkem, une entreprise de Sherbrooke. Ce procédé permet de produire de l’éthanol à partir d’une foule de matières résiduelles (déchets domestiques et autres), dans un gazogène fonctionnant à haute température.

Selon Jean Roberge, les coûts en capital pour la construction de raffineries de seconde génération sont de deux à trois fois plus élevés que pour l’éthanol de première génération. Et comme la technologie est nouvelle, aucun créancier ne souhaite devenir prêteur.

Il y aurait toutefois moyen, d’après Jean Roberge, d’atténuer les risques techniques et financiers. La première solution consiste à greffer une usine de seconde génération à une raffinerie déjà en place. Le produit final – l’éthanol – serait vendu par les canaux déjà établis, et on profiterait d’infrastructures et d’expertise du personnel déjà en place.

Côté financement, les gouvernements devront allonger jusqu’à 60 % des coûts en capital, croit Jean Roberge. De plus, les frais d’exploitation d’une usine de seconde génération seront plus élevés, mais le prix du produit final sera le même. Il faudra donc des subventions de 15 à 30 cents par litre pour fonctionner.

Un « module » de thermochimie pourrait être ajouté aux installations de Varennes, qui fonctionnent déjà en maximisant la synergie de ses composantes. Par exemple, les eaux usées sont traitées par un procédé de biométhanisation. Le gaz méthane produit sert à diminuer la facture de gaz naturel utilisé pour sécher la drêche de distillerie.

Les installations de biométhanisation de Varennes pourraient être agrandies, pour recevoir des matières résiduelles organiques de l’extérieur. Tout ce qui ne serait pas « digéré » et transformé en gaz méthane serait acheminé au gazogène (thermochimie), plutôt qu’au dépotoir en payant 50 $ ou 60 $ la tonne.

« Nous disposons d’une plate-forme et à chaque fois qu’on y ajoute un module, elle devient plus performante des points de vue technique, économique et de réduction des gaz à effet de serre », affirme Jean Roberge.

La distillerie de Varenne produit et commercialise sur une base annuelle 168 millions de litres d’éthanol à partir de maïs, 100 000 tonnes de dioxyde de carbone et 125 000 tonnes de drêche.

En continuant à optimiser les procédés, Jean Roberge croit que la production d’éthanol de maïs pourrait atteindre 175 millions de litres par année. La thermochimie y ajouterait environ 40 millions de litres d’éthanol. Et si d’autres biotechnologies s’y greffent, on pourrait passer à 250 millions de litres annuellement.

L’éthanol de seconde génération est prêt à passer du stade de démonstration au stade de production industrielle, croit Jean Roberge. « Au lieu d’attendre d’avoir un procédé parfait, construisons tout de suite et mettons en place des programmes d’optimisation. Le rendement sera plus bas au début, mais de cette façon, nous y arriverons plus rapidement. »

 

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