Payé pour protéger l’environnement

Frank Moore, producteur de maïs et de soya à Cresco, dans le nord-est de l'Iowa. Photo : André Dumont

Frank Moore est le producteur en Iowa qui reçoit le plus de subventions pour la protection de l’environnement sur sa ferme. C’est ce que révèle le site Web d’un groupe qui s’oppose aux subventions agricoles aux États-Unis.

En a-t-il honte? Non. Cet ancien agent de programmes environnementaux pour le compte de l’état de l’Iowa applique sur sa ferme de 1600 acres tous les moyens d’en préserver le sol et de protéger les cours d’eau : semis direct, bandes riveraines, avaloirs gazonnées, terrasses et bandes gazonnées perpendiculaires aux pentes.

Il touche tout près de 45 000 $ par année (le maximum), essentiellement sous forme de compensations pour le terrain sacrifié à la conservation. Cet argent est une goutte d’eau dans une mer de maïs et de soya, mais Frank Moore y tient.

C’est en passant la journée avec cet agriculteur, à parcourir ses terres dans le nord-est de l’Iowa, que j’ai enfin compris pourquoi les Américains – et les Ontariens – parlent toujours de conservation des sols quand la discussion porte sur le travail réduit du sol.

Chez nous, le semis direct est pour les amoureux de la terre, ceux qui veulent lui redonner ses qualités naturelles et qui y voient une logique qui permet de réduire temps et argent. Les Américains adorent sauver du temps et de l’argent. Mais ils ne font pas de philosophie avec le no-till. Ils cherchent à sauver leurs terres de l’érosion et à en faire croître la valeur de revente.

En Iowa, c’est en avril, mai et début juin que tombent les plus fortes pluies. Douze centimètres en quelques minutes, ça n’est pas rare. Imaginez l’impact sur les terres nues! Là où les rivières se jettent dans le Mississippi, on dirait une coulée de lait au chocolat.

« L’érosion des terres est la pire source de pollution aux États-Unis, affirme Frank Moore. Quand la pluie emporte la terre, elle emporte aussi les engrais, les pesticides et tout ce qu’elle contient. »

Les plaines du Midwest sont cultivées depuis 160 ans. La moitié de la terre organique (top soil) est disparue depuis. Tant qu’il en restera, ces terres seront fertiles. Mais « nous sommes au bord du précipice », m’a prévenu hier le producteur d’élite Clay Mitchell.

Le grand coupable : la charrue. Elle gratte le sommet des collines et remplit les vallons, qui se font laver dès la prochaine pluie. La meilleure terre aboutit dans les cours d’eau. Le semis direct apparaît dès lors comme une des solutions, puisque les résidus de culture absorbent l’impact des gouttes de pluie et après quelques années, le sol a une meilleure capacité de percolation.

Les pluies sont moins violentes au Québec, de sorte que l’érosion hydrique est un problème moins criant. Avec les changements climatiques, les phénomènes météorologiques violents seront plus fréquents. Tiens, tiens, on dirait une bonne question à approfondir dans Le Bulletin des agriculteurs!

Cette bande gazonnée adoucit la pente de ce champ, afin que la pluie des orages n'emporte pas la terre vers les cours d'eau. Photo André Dumont

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