Quatre années de bouleversements en agriculture

Les présentes élections américaines sont qualifiées d’historiques par les analystes puisqu’elles pourraient signifier un tournant dans les orientations de l’administration américaine, selon le candidat qui sera choisi par les électeurs.

Bien que l’agriculture soit déjà un secteur accoutumé aux renversements de situation imprévisibles en raison de la météo, les quatre dernières années de l’administration Trump ont offert un parcours digne des montagnes russes.

La renégociation de l’ALENA demandée par les États-Unis a mené à d’importantes concessions aux secteurs canadiens soumis à la gestion de l’offre, soit le lait et la volaille. Le Canada a cédé 3,59% du marché des produits laitiers en plus de laisser tomber les produits diafiltrés. Cette dernière catégorie avait été créée pour empêcher l’importation de sous-produits du lait en provenance des États-Unis. Les marchés de la volaille, des œufs et des dindons ont aussi perdu une part de leur marché en faveur de produits américains.

Les États-Unis ont dans la même ligne de pensée voulu revoir leurs ententes commerciales ou encore leurs échanges commerciaux avec différents pays. Le différent avec la Chine est sans doute le plus notable. Les États-Unis ont mis en place en mai 2018 des tarifs à l’importation de certains biens chinois, un geste qui a été suivi par des tarifs chinois sur plusieurs biens américains importés en Chine, dont le soya. Les prix du soya ont chuté en conséquence et les volumes échangés entre les deux pays ont chuté également. La signature d’une entente en janvier 2020 nommée Phase 1 a tenté de régulariser la situation. Depuis cet été, des quantités importantes de soya et de maïs ont été vendues en Chine, ce qui a permis une forte remontée des prix. Les niveaux échangés ne sont pas toutefois revenus à leurs niveaux précédant 2018. Le gouvernement américain a aussi versé des dizaines de milliards de dollars en compensation au secteur agricole pour contrebalancer les pertes subies par les producteurs de grains.

Les États-Unis ont aussi menacé de sanctions tarifaires d’autres pays, comme la France. Le Canada a goûté à cette médecine avec des tarifs sur l’aluminium et le bois d’œuvre, ce qui a été répliqué par des tarifs sur différents produits agricoles américains, comme le sirop d’érable. Ces tarifs ont été levés avec l’annulation de certains tarifs. Cette pratique semblait toutefois encore privilégiée puisque l’administration américaine songeait encore dernièrement à mettre en place des tarifs sur le homard canadien pour protéger le secteur de la pêche au homard du Maine.

L’arrestation le 1er décembre 2018 à l’aéroport de Vancouver de Meng Wanzhou, directrice financière du groupe chinois Huawei, à la demande des États-Unis, a aussi eu son lot de conséquences. La Chine a réagi à cette arrestation en imposant diverses restrictions sur l’achat de canola et de porcs canadien pour des raisons de qualité, prétextes qui ont été niée par les fabricants canadiens. Mme Wanzhou avait été arrêtée à la suite d’un mandat international de la part des États-Unis, la justice américaine l’accusant d’avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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