Santé des sols: des pratiques à perfectionner

Le président de l’Ordre des agronomes, élu en mai dernier, l’indique d’emblée : il n’est pas un spécialiste des sols. Michel Duval s’est en effet spécialisé durant sa carrière sur l’alimentation animale. Il a toutefois bien voulu se prêter au jeu en répondant à quelques questions sur la condition des sols au Québec, dans le cadre de la Journée internationale des sols qui avait lieu le 5 décembre dernier.

Selon ce que le président constate, la santé des sols au Québec n’est pas à son meilleur. C’est le jugement qu’il porte d’après les dernières études sur le sujet indiquant que beaucoup de sol sont détériorés dans la province. « On pratique la culture intensive sans faire nécessairement attention, ou par l’utilisation de pesticides à grande échelle (…) Beaucoup de producteurs ne réalisent pas que le sol est leur outil de base, autant pour les producteurs du côté animal que végétal (…) C’est un actif, un capital à long terme ».

D’autres pratiques gagneraient à être revisitées ou être plus largement employées, estime l’agronome. Il rappelle qu’auparavant les rotations se faisaient sur des périodes de cinq ans et que les prairies étaient plus largement utilisées. Le délaissement de ces pratiques ont causé davantage de compaction, ainsi qu’une contamination des cours d’eaux en raison de l’usage intensif des produits utilisés en cultures intensives. Il reconnait toutefois que les producteurs font face à des contraintes économiques importantes.

L’amélioration de la santé des sols passe selon M.Duval par un retour à la base, qui peut susciter moins d’enthousiasme que les records de rendements de nouveaux cultivars ou d’hybrides, mais qui sont payants à long terme. Il prêche pour moins de mécanisation et moins d’intervention dans le champ. Pour augmenter le rendement, le couvert végétal, les cultures intercalaires, les engrais verts ou le semis-direct ont fait leur preuve. « Il faut s’adapter à son sol et adopter les pratiques en conséquence », ajoute le président. La technologie est dans ce sens un outil précieux qui permettra de mieux utiliser les ressources, que ce soit par les données recueillies par drone ou encore l’agriculture de précision.

Le président revient aussi sur un thème qui lui est cher et qu’il souhaite mettre de l’avant durant sa présidence, soit la multidisciplinarité. Le travail d’équipe est devenu essentiel à une époque où les fermes sont des entreprises agricoles. Ceux qui les dirigent doivent bien s’entourer et former une équipe qui collabore ensemble. « Il faut arrêter de travailler en silo. C’est dans les échanges d’idées qu’on peut trouver les meilleures solutions à des problèmes », donnant comme exemple que des experts sont parfois appelés en renfort par les institutions bancaires pour redresser le bilan d’entreprises agricoles.

En terminant, le sujet de la réglementation québécoise sur les pesticides a été abordé. Tout comme pour les pratiques culturales, il faudra un certain temps à changer les habitudes, estime le président des agronomes. M.Duval estime toutefois que l’encadrement plus serré est à long terme une bonne chose, que ce soit pour palier à la résistance de certains traitements ou encore prévenir le ruissellement de produits comme l’atrazine dans les cours d’eau. La réglementation a aussi le mérite de mettre de l’avant des méthodes alternatives, en plus de proposer des opérations plus ciblées. « Est-ce que je pense que ça va coûter plus cher? Pas vraiment, puisque la démarche plus structurée devrait rapporter aux producteurs. »

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires