«Nos parents nous ont donné l’amour de la terre et celui du travail en équipe», résume Alexandre, l’aîné de la fratrie des Adam qui compte aussi Charles-Olivier et Laurie-Anne.
Entre 2018 et 2020, leur père, Daniel, encourage cette transition vers la production biologique de soya, de maïs et de blé. «La production biologique nous permettait de grandir de l’intérieur. C’est plus de travail, mais plus de profits aussi», dit-il.
Changer le parc de machinerie
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Passer de la production de grains conventionnels à celle sous régie biologique passe obligatoirement par un changement du parc de machinerie puisque la lutte aux mauvaises herbes ne fait plus appel aux herbicides, mais au désherbage mécanique.
Ce parc spécialisé compte aujourd’hui six sarcleurs équipés de doigts Kress (dont certains avec des caméras), deux peignes, deux semoirs de douze rangs (30 pouces), des déchaumeuses, d’une valeur de plus d’un demi-million de dollars. Cela inclut une charrue réversible, car on fait encore appel au labour après la récolte de maïs.

La culture de soya biologique requiert jusqu’à sept passages de machinerie pour préparer le lit de semences, éradiquer les adventices dans les champs, jusqu’à la venue de la moissonneuse-batteuse.
Les Adam portent une attention particulière au problème sournois de la compaction de leurs sols composés de loam sablonneux à de l’argile forte. Outre la pression des pneus, le poids à l’essieu «on pratique une circulation contrôlée qui consiste à faire circuler la machinerie dans les mêmes traces dans les champs», renchérit Laurie-Anne.
Le trio souligne l’importance de l’avènement de la technologie GPS dans la machinerie agricole, une véritable révolution pour la culture biologique. Celle-ci permet d’éradiquer les mauvaises herbes avec une précision chirurgicale dans les rangs des cultures. La venue des drones, puis de l’intelligence artificielle vont aussi contribuer à être plus efficaces, disent-ils, en soulignant toutefois qu’il y a un coût à l’acquisition de nouvelles technologies.
Rotation et engrais verts
La culture de soya s’inscrit dans une rotation de trois ans maïs-soya (pois de conserverie)- blé à consommation humaine sur une superficie de 645 hectares. Pour la première fois cette année, les Adam ont ensemencé des champs de haricots secs. Cela permet de diversifier les cultures et, du coup, de diversifier le travail de la machinerie au champ, notamment pour enrayer la compaction et couper le cycle des mauvaises herbes. On évite aussi de semer du soya dans des champs de pois de conserverie ou de haricots secs car, étant de la même famille de légumineuses, ces cultures sont susceptibles aux mêmes maladies et insectes.

Le compte stratégique des engrais verts se chiffre à 75 000 dollars/an. On a une prédilection pour le trèfle, «parce qu’il couvre rapidement le sol, démarre facilement en intercalaire, possède un système racinaire développé et qu’il est une excellente source d’azote», soutient Alexandre.
Les terres sont amendées en nutriments et en matière organique avec du fumier de poulet, du lisier de porc et du fumier de vache avec paille. «Cela reflète la diversité de l’agriculture de notre région», ajoute fièrement Alexandre, qui est membre du syndicat de la relève agricole de Lanaudière.
Autosemence à la ferme
Les Adam sèment trois variétés de soya, une pour l’alimentation humaine destinée aux marchés asiatiques pour fabriquer du tofu par exemple, une pour l’alimentation animale (tourteau/huile) et une troisième dite «en transition» sur une terre louée de 32 hectares qui obtiendra un jour la certification biologique.
«On recherche des variétés solides qui se peignent bien pour le contrôle des mauvaises herbes, avec de bons rendements, un pourcentage de protéines élevé en plus d’être adaptées à notre région», souligne Alexandre.
Alexandre mise cependant sur le programme d’autosemence promu par la Financière agricole depuis 2023 qui permet aux producteurs biologiques d’utiliser leurs propres récoltes pour semer leurs champs. Le programme exige certaines conditions telles qu’avoir une certification biologique et être assuré. Il faut aussi être en mesure de cribler ou de faire cribler son grain et de procéder à un test de germination.

«Le programme nous assure que notre semence est biologique, diminue les risques de contamination, et qu’en termes de disponibilité, nous aurons la variété voulue au printemps suivant», explique Alexandre. La moitié des superficies de soya ensemencées cette année proviennent de l’autosemence.
C’est aussi dans une optique d’indépendance commerciale que les Adam doublent la capacité d’entreposage de grains à la ferme cette année. Celle-ci passe de 2000 Tm à 4000 Tm, un investissement de 600 000 dollars. «Le marché bio est un marché niche avec un nombre d’acheteurs limité. En augmentant notre capacité d’entreposage, on est en mesure de mieux négocier nos prix de vente dans le temps», dit Alexandre.
La certification biologique leur est octroyée par l’organisation Ecocert. Celle-ci requiert une traçabilité impeccable des semences à la vente des grains, de la gestion des champs, des intrants, alors que bien des entreprises se plaignent de la lourdeur administrative. «Le secret, c’est d’intégrer l’information dans nos fichiers au quotidien», expliquent Laurie-Anne et Alexandre à l’unisson.
*Cet article de Nicolas Mesly est une version tirée et adaptée du magazine Le Bulletin des agriculteurs, édition novembre 2025.
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