Stratégie européenne de développement durable

France, août 2001 – Le développement durable : rarement un concept aura eu tant à offrir à autant de gens et aura été apprécié par si peu. Outre les avantages à long terme, des possibilités réelles peuvent être exploitées dès maintenant.

Le Conseil européen, rassemblant les chefs d’État et de gouvernement et le président de la Commission, se réunit aujourd’hui et demain à Göteborg. L’un des principaux points de l’ordre du jour est l’adoption d’une stratégie européenne de développement durable sur la base d’une proposition présentée par la Commission européenne début mai.

Personne ne conteste l’idée centrale selon laquelle notre qualité de vie dépend non seulement des résultats économiques, mais aussi du progrès social et d’une bonne gestion de l’environnement. Mais lorsqu’il s’agit de passer aux actes, la volonté politique semble parfois faire défaut. Au Sommet de la Terre, tenu à Rio de Janeiro en 1992, les dirigeants du monde se sont engagés en faveur d’un développement durable, mais ces belles paroles n’ont guère été suivies d’effets. Quels qu’aient été les résultats obtenus dans le passé, je crois fermement que la stratégie que nous allons mettre en oeuvre à Göteborg mérite de retenir toute l’attention des citoyens de l’Europe, cela pour deux raisons essentielles.

Premièrement, alors qu’à bien des égards notre niveau de vie est aujourd’hui plus élevé que jamais, un certain nombre d’évolutions représentent une menace pour notre qualité de vie. Beaucoup de ces problèmes se constituent lentement, au fil du temps. Nous allons peut-être laisser un héritage terrible à nos enfants et à nos petits-enfants.

Deuxièmement, si la réorientation de nos économies vers un développement plus durable entraîne des changements dans notre vie quotidienne, elle offre aussi d’énormes possibilités. Les politiques en faveur d’un développement durable pourraient déclencher une nouvelle vague d’innovations et d’investissements technologiques, créant ainsi les emplois de demain. Nous devons tirer pleinement parti de ce potentiel.

La proposition faite par la Commission en vue d’une stratégie de développement durable met l’accent sur un certain nombre de problèmes nouveaux qui appellent une réponse immédiate. Si rien n’est fait maintenant, il sera beaucoup plus coûteux de les résoudre plus tard, ou, pis encore, leurs effets seront irréversibles. Nous devons agir dès maintenant, étant donné que les changements dans les techniques de production, l’utilisation de la terre et les infrastructures ne peuvent pas se faire du jour au lendemain. Deux excellents exemples nous sont offerts par le changement climatique, avec sa forte incidence sur le temps et l’élévation du niveau de la mer qu’il peut causer, et la disparition rapide de ressources naturelles, notamment la perte de biodiversité.

Certains phénomènes révélateurs d’un développement non durable dans d’autres domaines également doivent nous alerter, comme le danger que représente pour la santé publique l’accumulation de produits chimiques toxiques dans l’environnement, la résistance aux antibiotiques et l’insuffisance de la sécurité alimentaire. Certaines ressources halieutiques sont proches de l’épuisement, et il est évident que l’agriculture européenne a besoin d’une réforme fondamentale, mettant l’accent sur la qualité plutôt que sur la quantité, et qu’elle doit respecter davantage l’environnement.

Le fait que d’importants changements soient nécessaires ne devrait pas faire craindre que les politiques de développement durable soient préjudiciables à nos économies. Contrairement à une idée fausse très répandue, un développement durable ne s’oppose ni à la croissance ni au marché. Il s’agit d’éliminer les subventions dommageables et d’utiliser les forces du marché et les mécanismes de prix d’une manière constructive, de manière à encourager le choix de produits respectueux de l’environnement et de récompenser l’innovation.

À court terme, il est vrai que des mesures visant à enrayer des tendances insoutenables entraîneront des coûts importants dans certains secteurs. Toutefois, ces coûts seront compensés par de nouvelles sources de revenus pour les éco-industries offrant des produits plus propres et plus économes en ressources. Il pourra y avoir des pertes d’emplois dans certains secteurs, mais elles seront compensées par des créations dans d’autres. Les personnes qui subiront les effets négatifs de cette évolution devront bénéficier d’une aide pour s’y adapter ; d’autant plus que le développement durable a aussi une dimension sociale évidente.

Plus important encore, il ne faut pas oublier que la croissance économique à long terme dépend principalement du progrès technique. Une stratégie de développement durable ambitieuse pourrait même renforcer la croissance économique en stimulant notre rythme d’innovation et en permettant éventuellement la production de biens moins chers et plus propres. Pourquoi, par exemple, grâce aux futurs progrès techniques et à des économies d’échelle, les énergies renouvelables ne deviendraient-elles pas progressivement moins coûteuses que l’énergie tirée des combustibles fossiles ?

Beaucoup d’entreprises parmi les plus prévoyantes ont déjà compris que le développement durable ouvre de nouvelles possibilités, et elles ont commencé à adapter leurs plans d’investissement et de recherche en conséquence. Ce changement d’attitude des entreprises devrait s’accélérer lorsque des incitations commerciales, comme par exemple les permis d’émission négociables, la tarification routière et les taxes environnementales, seront utilisées pour influer sur les attentes et les comportements. Pour renforcer la confiance des entreprises dans les technologies de l’avenir, les gouvernements doivent mettre en place un cadre réglementaire stable et fixer des objectifs à long terme clairs.

Bien sûr, le développement durable n’est pas une question qui intéresse seulement l’Europe. Le changement de climat et les dommages causés aux ressources naturelles sont des problèmes mondiaux. Adopter une stratégie de développement durable ambitieuse placerait l’Union européenne à la première place dans la recherche des réponses à ces problèmes d’intérêt mondial, et lui donnerait ainsi un avantage concurrentiel.

Je veux que l’Union européenne ait l’ambition de devenir la championne mondiale du développement durable en montrant la voie dans le domaine technologique et en étant un exemple politique pour tous nos partenaires. Il nous faut d’abord remettre de l’ordre chez nous, sans jamais perdre de vue l’incidence de nos politiques chez les autres, notamment les pays en voie de développement. À Göteborg, les chefs d’Etat et de gouvernement vont avoir l’occasion d’exposer une conception positive sur la manière de faire, à l’avenir, du développement durable une réalité. C’est une occasion qu’ils ne doivent pas laisser passer.

Source : Les Échos

Commentaires