Valeur des terres : croissance au ralenti

La valeur moyenne des terres agricoles a augmenté de 7,7 % en 2016, c’est 1,9% de moins qu’en 2015, 8% qu’en 2014 et 17% qu’en 2013. Depuis le sommet enregistré en 2012, où la valeur moyenne des terres avait bondi de 27,4%, elle n’a pas cessé de diminuer. La valeur moyenne des terres agricoles avait connu une augmentation de 24,7% en 2013, de 15,7% en 2014 et de 9,6% en 2015.

Selon le rapport Valeur des terres agricoles, que vient tout juste de publier Financement agricole Canada (FAC), ce ralentissement a surtout été observé dans les régions où la valeur des terres était déjà élevée. En Montérégie, par exemple, la valeur moyenne s’est accrue de 9,2%. Alors que les régions de Lanaudière, des Laurentides et de la Mauricie n’ont pas connu de progression de la valeur des terres, le Saguenay–Lac-Saint-Jean a enregistré la plus forte hausse (16,2%), ensuite le Centre-du-Québec (10,8%) et l’Estrie (10,4%).

FAC a aussi remarqué que les terres à fort prix sont demeurées plus longtemps en vente en 2016 que par les années passées. Sans compter que les prix des terres records enregistrés en 2014 et 2015 n’ont pas été dépassés en 2016. L’organisme n’a pas noté de changement notable en ce qui a trait au nombre de transactions conclues au cours de la dernière année. Par ailleurs, celles-ci ont été réalisées en grande partie par des acheteurs traditionnels, soit des producteurs sous gestion de l’offre et de grandes cultures.

Le même phénomène de ralentissement a été observé à l’échelle nationale. La valeur des terres a augmenté de 7,9% en moyenne au Canada en 2016. En 2015, on parlait plutôt d’une croissance de 10,1% et de 14,3% en 2014. « Le rythme de croissance va continuer à diminuer, estime Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef à FAC. On s’en va vers une stabilisation. Sur 51 régions au Canada, 7 n’ont connu aucune hausse en 2016, ce nombre devrait augmenter dans l’avenir. »

Selon l’économiste, la stabilisation des prix des produits de base et les conditions climatiques difficiles ont sans doute contribué à ce ralentissement. Les soubresaults qu’a connu le secteur laitier au cours de la dernière année ont pu affecter la valeur des terres, mais dans une moindre mesure. « Les années 2014-2015 ont été plus difficiles que 2016 pour le secteur laitier. Vers la mi-2016, le prix mondial du lait s’est légèrement relevé et il y a eu une augmentation de la production dans les 12 derniers mois », explique-t-il.

D’ailleurs, les revenus dans le secteur végétal ont été au rendez-vous aussi en 2016. « Le prix du maïs a baissé, mais grâce au taux de change, il y a eu une augmentation des revenus. Le taux de change a sauvé le secteur », croit le spécialiste. En conférence téléphonique, Jean-Philippe Gervais a ajouté qu’en ce qui a trait aux revenus, il ne faut pas s’attendre à des croissances aussi importantes dans le futur. « Les 10 dernières années ont été spectaculaires. Il faut être réaliste et ne pas s’attendre à de meilleurs prix dans les 10 prochaines. Si on arrive à maintenir une croissance de 2% par année, ce sera un bel accomplissement. »

Il estime que la croissance future va passer davantage par un grain de productivité et de production que par des prix élevés. Concernant les taux d’intérêt, l’économiste prédit une augmentation modeste, mais une augmentation au cours de 2017. « Les taux d’intérêt vont augmenter presqu’à la même vitesse qu’aux États-Unis, ce qui aura un impact sur le coût d’emprunt des entreprises. » Il invite donc les producteurs à la prudence.

Vous pouvez consulter le rapport Valeur des terres agricoles en cliquant ici.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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