À vos parcelles!

Comment réussir des essais à la ferme qui donneront des résultats fiables, capables de propulser les rendements ? Voici neuf conseils pour bien s’y prendre.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de décembre 2010

par André Dumont

Pour maximiser les rendements de nos champs, rien de mieux que de faire des essais chez soi. Variétés, fertilisation, contrôles phytosanitaires, travail du sol… chaque détail peut faire une différence. Et chaque ferme est différente ! Pour réaliser des essais de sa propre initiative et en obtenir des résultats fiables et pertinents, quelques  règles de base s’imposent. Le Bulletin des agriculteurs a demandé l’avis de quatre experts, dont deux agriculteurs. À vos parcelles !

Richard Raynault, producteur, ferme Bonneterre, à Saint-Paul
Éric Thibault, agronome, PleineTerre Agronome Conseil
Johanne van Rossum
, agronome, productrice à Sainte-Brigide-d’Iberville
Brigitte Lapierre, agronome, conseillère spécialisée en plantes fourragères et en conservateur d’ensilage à La Coop fédérée

1. Choisir le bon endroit
Pour que les résultats d’un essai soient fiables, vaut mieux choisir une section uniforme d’un champ. Idéalement, le type de sol et la qualité du drainage doivent être constants.

Des traces d’anciennes rigoles peuvent venir fausser les données, prévient l’agronome à La Coop fédérée, Brigitte Lapierre, qui travaille souvent avec les cartes de rendement des producteurs pour choisir l’emplacement des essais.

2. Faire des répétitions

Pour éviter que des variations (type de sol, drainage, qualité du nivelage) ne viennent biaiser les résultats, l’agronome Éric Thibault, de PleineTerre Agronome Conseil, suggère à ses clients de répéter un essai à trois ou quatre endroits dans le même champ. Cela fait beaucoup d’essais, reconnaît-il. Par contre, vos résultats seront plus fiables que ceux des comparaisons côte à côte réalisées par les compagnies, qui ne comportent pas de répétitions dans un même champ.

3. Ne mesurer qu’une variable à la fois
Comparer deux hybrides, chacun dans leur champ, peut donner d’intéressants résultats. Mais comment savoir si c’est l’hybride, le type de sol ou les antécédents culturaux  qui ont fait la différence ? Plus le nombre de variables est grand entre deux essais, plus il sera difficile d’isoler le facteur qui a réellement fait une différence.

L’agronome et productrice Johanne van Rossum donne l’exemple de tests de fertilisation azotée. Dans une série d’essais, on ne fait varier que la dose. Dans une autre, on ne  fait varier que la source d’azote. Le tout, bien sûr, dans le même champ, avec des semis la même journée, afin qu’il n’y ait qu’une seule variable de différente entre chaque essai.

4. Comparer ses résultats avec ceux des autres
Si une variété ou un programme de fertilisation réussit bien une année, les résultats seront-ils aussi bons l’année suivante ? Rien n’est moins sûr. Pour obtenir une valeur  statistique raisonnable, l’idéal est de pouvoir se fier sur un minimum de huit à dix « années-sites ». Par exemple, on peut déjà tirer de bonnes conclusions de huit essais  réalisés sur quatre sites en deux ans, même si l’idéal est de trois ans.

« Quand les mêmes bons résultats sont obtenus ailleurs que chez soi, c’est gagnant », dit Johanne van Rossum. Pour choisir parmi la quinzaine de variétés de soya qu’elle  met à l’essai, cette productrice choisit les deux ou trois meilleures, puis compare leur performance chez d’autres producteurs de sa région.

5. Limiter le nombre d’essais chez soi
« Il vaut mieux faire moins d’essais, mais de les faire bien », dit Richard Raynault, producteur à Saint-Paul, près de Joliette. L’hiver, les producteurs ont souvent plus de  temps et il est facile de se lancer dans la préparation d’un grand nombre d’essais. Déjà aux semis, on se rend compte du travail supplémentaire que représentent les parcelles. Et quand le beau temps se fait rare à la récolte, la priorité n’est plus aux essais.

6. Se faire un plan des parcelles
La mémoire est une faculté qui oublie ! Et deux parcelles voisines peuvent donner des résultats pratiquement identiques ! Pour s’assurer de retrouver les extrémités d’une  parcelle, il suffit de se faire un bon plan, en notant précisément le nombre de rangs. Encore mieux : utilisez un appareil GPS pour géoréférencer vos parcelles.

7. Avoir la bonne taille de parcelle
Pour obtenir un volume adéquat pour les pesées, Éric Thibault suggère de semer le maïs sur un minimum de 1000 m2 ou le soya sur au moins 2000 m2. Quant à la  largeur des parcelles, elle dépendra principalement du nombre de rangs de vos équipements.

Pour les essais de fertilisant, il vaut mieux travailler avec des parcelles plus larges, puisque l’engrais peut se déplacer dans le sol. On pourra, par exemple, semer sur une  largeur de 16 rangs et, aux fins de l’essai, ne récolter d’abord que les 8 rangs du centre.

8. Ne pas miser que sur le rendement
Le poids à l’hectolitre est une mesure pertinente, mais pour le producteur, c’est principalement le rendement à l’hectare qui compte, affirme Richard Raynault. Cela ne  l’empêche pas de miser sur des hybrides qui offrent une stabilité de rendement année après année, plutôt que sur les hybrides vendus pour leur haut rendement.

Les producteurs ont tout intérêt à pousser leurs observations sur des facteurs qui n’intéressent souvent que les chercheurs, comme la rapidité de la levée, la couleur des   feuilles, la solidité de la tige, le taux d’humidité du grain à la récolte et pourquoi pas aussi la vigueur des racines.

9. Laissez-vous accompagner
Lorsqu’on réalise des essais de sa propre initiative, il est toujours avantageux d’être accompagné d’un agronome, qu’il soit représentant, consultant privé ou au service d’un club ou d’une coopérative. Le grand avantage, selon Brigitte Lapierre, est de pouvoir comparer ses résultats avec d’autres. « Au Québec, il y a une grande variabilité des sols, souvent sur la même ferme. Il est bon de savoir qu’un traitement a bien réussi ailleurs, parce qu’on ne peut pas faire tous les essais sur tous les types de sol de notre ferme. »

L’accompagnement d’un agronome permet aussi d’établir et de suivre un protocole, d’avoir accès à une pesée mobile et de bénéficier de rapports détaillés sur les résultats.

Encadré : Des essais en R et D
À la ferme Bonneterre, Richard et Sylvain Raynault ont voulu savoir s’il y avait un avantage à mettre de l’engrais sous le lit de semence. Avec une subvention en recherche et développement, ils ont modifié des équipements de semis et de travail du sol et mis sur pied un protocole de recherche avec un agronome privé.

Des tests sont effectués en passant la machine avec et sans engrais, à différentes profondeurs. Dans certains types de sol qui se réchauffent plus lentement au printemps, on  soupçonne que ce n’est pas l’application d’engrais, mais plutôt le simple passage de la machine qui fait une différence sur les rendements.

« Je pense que les subventions en R et D sont sous-utilisées, dit Richard Raynault. Les équipements sur le marché ne sont pas développés pour nos conditions au Québec. Ils  fonctionnent, mais ils peuvent être améliorés. »

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé

1. Si un hybride réussit bien chez nous lors d’un premier essai, donnera-t-il un aussi bon rendement l’année suivante ou sur un autre type de sol? Rien n’est moins sûr.
2. Afin de pouvoir tirer des conclusions précises, vaut mieux se limiter à une seule  variable de différence entre chaque essai.

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