Impacts de l’accord de libre-échange Canada-Union européenne

Le 6 novembre dernier à Drummondville avait lieu le colloque annuel sur la gestion organisé par le CRAAQ. La journaliste France Beaudoin de l’émission La semaine verte a livré une conférence sur les impacts des accords de libre-échange sur le secteur agricole, et particulièrement celui que le Canada a conclu avec l’Union européenne.

Par cet accord, le Canada va avoir accès à l’un des plus gros et des plus riches marchés au monde, soit 500 millions de consommateurs répartis dans 28 pays. Des opportunités sont en vue, mais aussi des inquiétudes.

« Il y a des opportunités possibles pour les petits fruits, le bleuet et la canneberge notamment. L’abolition des tarifs douaniers pourrait bien profiter au sirop d’érable aussi. Le Québec est le plus grand joueur mondial dans ce secteur, mais les États-Unis prennent de plus en plus de place. Dépêchons-nous avant que les Américains signent aussi une entente », a indiqué France Beaudoin.

L’avenir est moins rose toutefois pour les fromagers québécois. L’entente prévoit un contingent d’un peu plus de 17 000 tonnes supplémentaires de fromages européens sur notre marché. Près de 60% des fromages fins canadiens sont produits au Québec. « Le secteur a raison d’être nerveux, a admis la journaliste. Les fromages européens sont deux fois moins chers qu’ici et ils sont fortement subventionnés. » Les petits fromagers ne seraient pas les seuls à écoper, les transformateurs aussi. Il y a fort à parier que des fromages à pâte ferme européens vont débarquer, des fromages pouvant entrer en compétition avec ce qu’offre la Fromagerie Bergeron entre autres.

La journaliste n’a pas manqué de préciser que les producteurs laitiers européens sont prêts à profiter de ces nouvelles occasions d’affaires. « En France, on est prêt. En avril 2015, le système de quota va disparaître. Les producteurs vont pouvoir produire plus. » Aux Pays-Bas, deuxième producteur de fromages au monde, les producteurs « se frottent les mains », a-t-elle laissé entendre. « Ils souhaitaient un quota plus gros ».

Pour ce qui est des secteurs du bœuf et du porc, des quotas ont aussi été accordés aux Canadiens. Toutefois, ni l’un ni l’autre ne bénéficiera vraiment de cette fenêtre, prévoit la journaliste. « Le secteur du bœuf n’est pas prêt à entrer là-bas. Nos méthodes d’élevages ne sont pas adaptées. On nous avait pourtant fait miroiter de belles opportunités. »

Le secteur du porc non plus ne tira profit de l’entente. « Comme il faut se soumettre aux mêmes règles de bien-être animal que les Européens… Cela représente beaucoup trop d’investissements pour nos producteurs. »

Rappelons que le Canada négocie présentement une dizaine d’autres accords commerciaux, dont le Transpacifique, avec l’Asie, qui représentera un marché de 800 millions de consommateurs s’il est signé. « L’ouverture des marchés est inévitable, soutient France Beaudoin. Mais le gouvernement doit soutenir ses agriculteurs. S’assurer que les produits étrangers répondent à nos normes, qu’il y a une réciprocité quant à la traçabilité et la salubrité. »

Pour visionner le reportage de France Beaudoin sur le sujet diffusé le 1er novembre dernier à La semaine verte, cliquez ici.

Pour entendre le spécialiste Pierre-Marc Johnson sur le sujet, cliquez ici.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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