Les belles-soeurs dans l’entreprise : sources de tous nos malheurs ?

Si les belles-soeurs font partie du problème, elles font aussi partie de la solution. Ayons le courage de parler, de négocier, et ce, en toute franchise.
par Pierrette Desrosiers, M.Ps, psychologue du travail

Si tu ne veux pas avoir de problèmes dans ton entreprise, n’implique pas les belles-soeurs. Si elles n’en font pas partie et qu’elles ne participent à aucune décision, tout va bien aller. Moins elles en savent, mieux c’est. »

Ces affirmations sont « l’écho » de ce que l’on entend depuis des années, et ce, autant de la part des agriculteurs que de plusieurs professionnels qui les conseillent. Depuis plus de dix ans, en tant que psychologue en agriculture, je n’en suis pas à ma première « chicane » de belles-soeurs. J’en ai vu plusieurs.

Si elle ne sont pas impliquées directement dans l’entreprise, les problèmes seront-ils évités pour autant ? Certainement pas, et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, rappelons-nous que le taux de divorce dépasse les 50 %. Une association entre deux frères qui ont des conjointes est en fait « un mariage à quatre », sauf qu’on n’a pas choisi de marier les deux autres. Soyons donc réalistes, on ne peut, en toute logique, dépasser le taux de succès d’un couple.

En théorie, il semblerait que toutes les décisions concernant l’entreprise devraient être prises sans devoir consulter les conjoints et que les négociations devraient s’effectuer seulement entre les partenaires de l’entreprise. FAUX. Pourquoi ? Les décisions qui auront un impact sur la conjointe ou la vie de famille devraient être considérées différemment. Si le fait de racheter le voisin coupe tous les extras de madame et des enfants, en plus d’hypothéquer le peu de temps qu’il restait en famille, et ce, pour les années à venir… Messieurs, vous devriez en parler à votre conjointe avant de prendre la décision. Il se peut qu’une conjointe s’en accommode et l’autre, pas.

Certains diront : « Si je travaillais à l’extérieur, je ne consulterais pas ma femme et encore moins ma belle-soeur. Elles ne sauraient pas ce qui se passe dans l’entreprise ». Messieurs, il y a fort à parier que vous consulteriez votre conjointe s’il se présentait une promotion qui vous empêcherait de voir les enfants le soir. Même chose dans une situation de diminution de salaire où vous songeriez à changer d’emploi. Et dans une entreprise agricole, une « promotion » ou une diminution de salaire affecte votre belle-soeur.

À cet égard, l’association de frères au sein d’une entreprise agricole comporte ses particularités. Celles-ci augmentent, la plupart du temps, la probabilité de conflits, la proximité des lieux en est une. Ma mère disait : « Ce que tu ne vois pas ne fait pas mal ». Plus on est témoin du quotidien, plus les sources probables de frustration augmentent. Par exemple, un frère qui arrive plus tard que l’autre à l’étable. Évidemment, la belle-soeur prendra toujours la défense de son mari.

En l’occurrence, plus il y a de partenaires dans l’équation, plus il y a d’attentes, de personnalités, de valeurs, de visions et de besoins différents. Parallèlement, plus il y de gens affectés par les décisions, plus longue et délicate sera la prise de décision.

Les associations exigent certainement beaucoup de maturité. Il faut accepter que nous soyons différents, humains et faillibles. Pouvoir composer avec ces « irritants » de façon adéquate requiert de grandes compétences émotionnelles. De manière plus spécifique : se connaître, savoir gérer ses émotions ainsi que ses relations. En un sens, ce n’est pas surprenant de constater que les fermes de groupe sont une espèce en voie de disparition.

De toute évidence, il est normal de penser que si les belles-soeurs font partie du problème, elles font aussi partie de la solution. Alors, en tant qu’adultes, ayons le courage de se parler, de se dire les vraies choses, de négocier, et ce, en toute franchise.

Rappelez-vous que de toute façon, si la conjointe ou la belle-soeur a son mot à dire, elle le dira. Que ce soit autour d’une table de discussion, sur l’oreiller ou, ultimement, chez l’avocat, vous ne pourrez éternellement y échapper. Donc, plus vite vous interviendrez, mieux ce sera.

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