Ligne de temps

Élection: La clip que les médias retiendront

En cette fébrile période d’élection, je reste toujours un peu sceptique face aux possibles résultats positifs à venir. J’ai l’impression que ce qui est important pour les politiciens, c’est de sortir LA clip de 45 secondes que les médias retiendront. Les politiciens débattent d’idées et projettent leurs visions pour l’avenir. Bien beau parler et discuter, mais j’ai plutôt l’impression qu’on fait du sur place. Ça n’avance pas assez vite à mon goût!

On parle de réchauffement climatique et d’émissions de gaz effet de serre. Pourtant, depuis plusieurs années, les agriculteurs ont réduit considérablement les niveaux d’émissions sans obtenir aucun crédit. Hey! Depuis 2002 qu’on agit aux champs jour après jour et aucune aide substantielle ou même une petite tape sur l’épaule pour nous encourager.

Pendant ce temps, on semble préférer couper le financement de nos clubs d’accompagnement agroenvironnemental et on nous saupoudre de programmes ciblés six mois en retard en cours de saison. C’est comme si on nous lançait des bonbons ici et là sans avoir de réels budgets ou objectifs précis. On a certains programmes intéressants pour s’initier à la pratique des couverts végétaux. On doit augmenter nos surfaces pour y avoir accès. Donc si j’en faisais déjà depuis longtemps et que je suis déjà au maximum de mes surfaces, je ne recevrai aucune aide, aucun encouragement pour mes actions déjà réalisées à mes frais dans les dernières années.

Les programmes de crédit en recherche et développement sont difficilement accessibles pour les agriculteurs innovants qui repoussent sans cesse les limites de l’évolution des techniques agricoles actuelles. S’agit de suivre les agriculteurs qui innovent d’ingéniosités pour adapter de nouvelles techniques. Des essais et expérimentations tous soutenus par la passion et l’huile de bras des agriculteurs qui tracent les chemins pour mieux performer.

Aucune bonification de l’excellent programme Agri-stabilité accessible pour tous les agriculteurs en général. On ne reçoit qu’un faible taux d’intérêt sur les montants laissés de côté pour traverser nous-mêmes les périodes difficiles. Laisser de l’argent dans le fond correspond pratiquement à cacher de l’argent comme à l’ancienne, sous le matelas ou dans le grenier! Si les agriculteurs obtenaient un taux de rendement intéressant sur leur fond peut-être que ce serait plus intéressant de réellement garder ce soutient de sécurité qui pourrait même servir de fond pour faciliter le transfert vers une relève à venir.

Parlons-en de la relève qui a de plus en plus de difficulté à s’établir. Sommes-nous rendus à l’ère du retour des seigneurs? Des propriétaires terriens qui laissent le travail à l’agriculteur en herbe? Il travaille et prend les risques pour parvenir à payer un généreux montant aux locateurs qui exigent leurs dus sans aucune goutte de sueur ou de sacrifice?

On entend souvent des commentaires négatifs concernant les grandes compagnies semencières qui ont supposément tous les droits sur les semences. Pourquoi on ne voit aucune recherche gouvernementale sur l’adaptation des nouvelles plantes du futur : quinoa, chia, Kernza, haricots et autre? C’est le temps là! Hey! Hello! Y a-t-il quelqu’un qui allume? Lâchez-moi avec : ce n’est pas adapté pour le Québec. Dans les années 60, le maïs-grain n’était supposément pas bien adapté et regardez aujourd’hui.

On manque de soutien de nos institutions pour bien vulgariser et faire connaître les bonnes pratiques que les agriculteurs en général mettent en place. Quand ça brasse dans l’opinion publique, on se ramasse souvent seul à essayer d’expliquer le pourquoi et le comment de nos actions. Eh oui! L’agriculture, c’est long, c’est compliqué. Difficile de tout dire en 700 mots, imaginez quand on veut frapper en 45 secondes. J’ai bien senti que lors des débats des chefs, ils ont surtout « surfé » sur la vague de la protection de la gestion de l’offre. Comme si en 45 secondes, on réglait le dossier agricole. Ça flash, ça frappe et le dossier agricole est réglé. On nous prend d’en haut sans se salir les mains et on s’appuie sur le dossier le plus chaud sur le dessus de la pile. C’est sûrement un point important, mais il y a trop de dossiers qui traînent sous la pile!

J’irai certainement voter et je vais continuer à faire ma profession dans les meilleures règles de l’art. On espère des changements, mais en attendant, je continue d’innover tout en me disant : à force d’avancer, ils n’auront d’autre choix que de nous suivre.Un jour, j’ai compris que j’avais intérêt à m’organiser moi-même plutôt que d’attendre de l’aide ou du soutien de l’extérieur.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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