Ligne de temps

On dirait qu’on fige comme un chevreuil sur la route!

On y est. Ça fait des mois que les prix des grains ne proposaient vraiment rien d’intéressant et puis « boom », ils explosent !

En janvier dernier, je me rappelle très bien la déprime qui planait comme atmosphère : « Encore une autre année de mauvais prix… *soupir* ». Et, qu’on se le dise, autant pour les producteurs que pour les conseillers, courtiers, et même les négociants de grains, il n’y a absolument rien d’intéressant à travailler avec des mauvais prix. C’est déprimant, il y a de la grogne et on ne voit souvent pas la lumière au bout du tunnel.

Mais, le vent a tourné depuis, et pas à peu près ! À l’origine de cette flambée, les conditions météo en Amérique du Sud. En Argentine, ça fait maintenant plus de 90 jours que les précipitations sont nettement sous les normales. On parle donc d’une sérieuse sécheresse qui menace les cultures.

Plus au nord, au Brésil, la situation est bien différente. Semaine après semaine, plusieurs régions doivent composer avec des précipitations régulières. Ce n’est pas assez pour menacer la récolte de soya qui pourrait même atteindre un nouveau record de plus de 115 millions de tonnes cette année. Par comparaison, la dernière récolte américaine de l’automne dernier a été d’un record de 119,5 millions de tonnes. Il n’y a pas à dire, le Brésil n’est certainement plus un petit joueur dans le marché du soya, et ce ne semble qu’une question de temps avant qu’il ne ravise le titre de 1er producteur mondial de soya aux États-Unis.

Non, du côté du Brésil, l’anguille sous roche est plutôt du côté du maïs. Les averses incessantes des dernières semaines ont retardé la 1re récolte de soya, et retardent maintenant les ensemencements de la 2e récolte en maïs (safrinha). En fait, nous sommes maintenant déjà dépassé la date butoir à laquelle une forte proportion des ensemencements de maïs au Brésil se devraient d’être complétés.

Ainsi, oui d’un côté, il est vrai que la sécheresse en Argentine risque fort d’amputer sérieusement la récolte de soya argentin. Mais, son voisin du nord pourrait compenser une partie de cette mauvaise récolte. Par contre, on retient que l’Argentine ET le Brésil risquent fort de ne pas obtenir tous les deux des récoltes de maïs à la hauteur de ce qui était prévu.

Dans tous les cas, de cette situation, oui il y a donc un sérieux problème météo du côté de l’Amérique du Sud présentement. Et, nul besoin de dire que ceci n’est certainement pas passé inaperçu dans les marchés.

Depuis la mi-janvier, le marché du soya à Chicago a fortement progressé. Assez en fait pour revisiter son sommet atteint il y a plus d’un an maintenant à 10,80 $US/boisseau. Le maïs n’est pas en reste, le prix récolte étant de retour au-dessus de 4,00 $US/boisseau, un niveau clé que bon nombre de producteurs aux États-Unis attendaient d’ailleurs depuis des mois comme 1er objectif de prix de vente.

Concrètement, chez nous au Québec, cette flambée des prix à la bourse aura été également positive. Le prix du soya avoisine maintenant 480-490 $ la tonne selon les régions. De son côté, le maïs tente maintenant sa chance au niveau que plusieurs producteurs attendaient avec impatience, 200$ la tonne.

Bien évidemment, à de tels niveaux, il y a de quoi amorcer des ventes. Or, des échos que j’ai entendus au cours de la semaine dernière, beaucoup de producteurs hésitent encore à vendre. Oui quelques ventes, mais attendons encore un peu, tout d’un coup que…

Vrai, dire que les prix ne montreront pas davantage à ce moment-ci ne fait aucun sens. Pas nécessairement parce qu’une analyse en profondeur permet de statuer que ce sera le cas, que les prix pourraient vraiment grimper plus, mais bien parce que nous sommes en plein « rallye météo ».

Les rallyes météo, c’est un coup de dé avec Dame Nature. D’un côté, si la situation dégénère davantage, les prix vont continuent de s’emballer. De l’autre, il ne suffit que d’un retour à des conditions plus « normales », et s’en est fini, on plonge. Ce n’est pas la 1re fois que j’en parle dans ce blogue, et ce n’est certainement pas la dernière fois.

Sauf qu’après des mois à espérer de meilleurs prix, maintenant que nous y sommes, on dirait qu’on fige comme un chevreuil sur la route. Nous avons 200$ la tonne dans le maïs et pas loin de 500$ la tonne dans le soya,  mais on va attendre encore un peu avant de bouger, tout d’un coup que…

Moi le premier, bien que je suive sans arrêt les marchés, je fige face à une telle hausse des prix. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça, et ça prend beaucoup de contrôle et de rigueur pour suivre et s’en tenir à ses objectifs de vente. Sauf qu’à défaut de prévoir la météo et de pouvoir risquer le tout pour le tout, ce genre de situation se prête bien à ventiler ses ventes ; vendre progressivement tant que les prix grimpent, et non attendre simplement des prix plus élevés avant de bouger.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Jean-Philippe Boucher's recent articles

Commentaires